Actualités of Wednesday, 22 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Pr0stitut!on de luxe au Cameroun : Révélations sur l'usine qui transforme les enfants en marchandises

C'est un système documenté, avec ses scandales, ses plaintes et son silence C'est un système documenté, avec ses scandales, ses plaintes et son silence

Au Cameroun s’est développé un système organisé de prostitution de luxe dissimulé derrière l’image d’influenceuses et de « coachs de réussite ». Le scandale « Dubaï Porta Potty » de 2022 et l’affaire Cynthia Fiangan, révèlent que des réseaux de « marraines » recruteraient de jeunes femmes et hommes en leur promettant une ascension sociale rapide.


Depuis plus de vingt ans, une même mécanique se reproduit au Cameroun, à peine maquillée par les habits neufs des réseaux sociaux : des jeunes filles et de plus en plus des jeunes gens sont présentées à la jeunesse comme des modèles de réussite, quand leur ascension sociale réelle repose sur un système structuré de prostitution élitiste, organisé par des « marraines » qui, hier, régnaient sur les mêmes réseaux sous d'autres noms.

C'est un système documenté, avec ses scandales, ses plaintes, ses procédures judiciaires et son silence, le plus souvent complice.

I. UN SYSTÈME, PAS DES ACCIDENTS ISOLÉS

Le vocabulaire a changé on ne parle plus de « bijoux de familles » ou de courtisanes de salon, mais d'« influenceuses », de « coachs de réussite », d'« initiées traditionnelles ».

Le fond, lui, n'a pas bougé d'un pouce. Une génération de figures publiques, présentées à la jeunesse comme des exemples d'ascension par le mérite ou le talent, doit en réalité l'essentiel de son train de vie à son insertion dans des réseaux de prostitution de luxe irriguant les milieux VVIP des grandes villes et des pôles économiques du pays.

Le signe le plus visible de ce système n'est pas la prostitution elle-même invisible par construction mais l'incohérence économique qu'il laisse derrière lui :
— des commerces de façade (salon de coiffure, salons esthétiques, spa…boutique de produits de Luxe, restauration rapide) dont le chiffre d'affaires ne justifie en rien un train de vie mensuel de plusieurs millions de francs CFA,
— des voyages en classe affaires répétés plusieurs fois par mois,
— des séjours somptuaires dans les pays du Golfe.
Ce sont ces mêmes incohérences qui, en 2022, ont éclaté au grand jour dans le scandale connu sous le nom de « Dubaï Porta Potty ».

II. CHRONOLOGIE DES FAITS DOCUMENTÉS

A. 2022

Le scandale « Dubaï Porta Potty »

Début mai 2022
Des vidéos privées, prises à Dubaï, commencent à circuler massivement sur les réseaux sociaux. Elles montrent des femmes présentées comme des influenceuses africaines soumises à des pratiques dégradantes, filmées sans leur consentement apparent, dans un contexte de voyages présentés au public comme relevant du « business » ou du mécénat de marques.

Le pasteur ivoirien Camille Makosso avait affirmé publiquement détenir une liste, pays par pays, des femmes impliquées dans ce réseau : selon ses déclarations, non vérifiées par une autorité judiciaire, les pays les plus représentés seraient :
— les deux Congo (78 femmes),
— la Côte d'Ivoire (57),
— le Cameroun (49)
— le Sénégal (43).

Il avait affirmé que le recrutement se ferait notamment via les comités d'organisation de concours de beauté et les agences évènementielles.
Des blogueurs avaient publié par ailleurs une compilation de vidéos présentées comme impliquant plusieurs influenceuses camerounaises de premier plan, qu'ils désignaient comme « soupçonnées ».
Mai 2022

Le débat qui aurait dû tout changer
Sur le plateau de l'émission « Club d'Élites », animée par le journaliste Bruno Bidjang, une seule influenceuse accepte de venir défendre le métier : Laure Moa Minga. Face à elle, des voix autrement plus dures.
Julie Samantha Edima, alors Miss Cameroun en titre, lâche une phrase qui fera date :
« Toutes ces influenceuses sont des prostituées. » Julie Samantha Edima, Miss Cameroun, sur le plateau de « Club d'Élites »

L'écrivaine Calixthe Beyala, présente aux côtés du Pr Jean Bahebeck et de l'administrateur civil Valère Bessala, va plus loin encore en qualifiant les séjours onéreux à Dubaï et l'activité en ligne de certaines influenceuses de véritable « blanchiment d'argent ».

Conséquence directe : plusieurs des femmes citées dans le scandale voient leur réputation et leurs contrats publicitaires s'effondrer ; certaines rapportent avoir reçu des menaces de mort.
Le système, lui, continue de tourner il change simplement de visage.

III. LE MÉCANISME : COMMENT ON FABRIQUE UNE « MARCHANDISE »

Au-delà des affaires documentées et datées, se dessine un schéma récurrent que plusieurs observateurs de la société camerounaise décrivent depuis des années. L'analyste Landry Bankoue résume ainsi le phénomène :
« Les déesses d'hier du milieu de la prostitution ont fabriqué toute une génération de filles-marchandises au profit de bonnes fortunes des milieux politiques et économiques. » Landry Bankoue, analyste

Le mécanisme, tel que décrit par de nombreux témoignages recueillis dans la presse et sur les réseaux depuis 2022, suit une logique en trois temps :
● La façade : une « marraine » déjà installée affiche une réussite spectaculaire se payant le luxe de la une de tout les pages des blogueurs qui vanteront sans aucune retenue les activités de cette marraine :
— voyages,
— achats de vêtements de luxe..
— residence luxueuse,
— présence dans les grands rendez-vous internationaux,
— salon de coiffure inauguré par des hautes personnalités,
— boutique en ligne sans que son activité déclarée puisse l'expliquer économiquement.
● L'appât : de jeunes filles ou jeunes gens en situation de fragilité contactent cette figure en message privé, demandant conseil, soutien financier ou « coaching » pour réussir comme elle.
● L'introduction : contre une forme d'allégeance ou de commission l'« impôt » versé à la marraine la personne est progressivement introduite dans des cercles VVIP de prostitution de luxe, dans les grandes villes et les pôles universitaires du pays.

Ce système prospère précisément parce qu'il s'habille des codes de la méritocratie numérique :
— contenu inspirant,
— discours de développement personnel, mise en scène d'un « chemin de réussite » qu'il suffirait d'imiter.

IV. L'EXPOSITION NUMÉRIQUE DES MINEURES ET JEUNES FILLES : LE CAS CYNTHIA FIANGAN

Le système décrit plus haut ne se limite pas aux réseaux de prostitution VVIP organisés autour de « marraines ». Il a un versant plus visible, plus précoce, et tout aussi révélateur : l'exposition numérique de très jeunes filles, poussées par la logique de monétisation des plateformes à mettre en scène leur corps pour exister et gagner de l'argent avec, en bout de course, la même mécanique de marchandisation, mais cette fois sanctionnée par la justice plutôt que couverte par le silence.

Juillet 2022

Une vidéo à caractère sexuel impliquant la tiktokeuse camerounaise Christelle Atangana Biloa, connue sous le pseudonyme Cynthia Fiangan, se répand massivement sur les réseaux sociaux. Interpellée puis déférée devant le procureur, elle est écrouée à la prison centrale de Kondengui et poursuivie pour outrage public à la pudeur, outrage public aux mœurs et publications obscènes, sur le fondement des articles 263 à 265 du Code de procédure pénale.

Octobre 2022

Le procès s'ouvre au Tribunal de première instance de Yaoundé. La procureure requiert une peine lourde, fondée sur l'article 51 du Code pénal, tandis que plusieurs voix publiques dont le vice-président du MRC, Mamadou Mota plaident pour une prise en charge psychologique aux frais de l'État plutôt qu'une incarcération, rappelant qu'il s'agit d'« une enfant ».
« Je plaide une mesure atténuante pour cette jeune et une prise en charge psychologique aux frais de l'État du Cameroun. » Mamadou Mota, vice-président du MRC

L'affaire Cynthia Fiangan aura surtout mis en lumière, bien au-delà du cas individuel, la vulnérabilité de très jeunes filles happées par la promesse de revenus faciles via l'exposition de leur image, et la sévérité sélective d'une justice prompte à sanctionner ces dérives numériques individuelles quand d'autres dossiers, autrement plus lourds impliquant des réseaux organisés et des figures d'hommes d'affaires influents s'enlisent, eux, dans le silence.

IV. CE QUE CELA VEND À NOS ENFANTS

Le vrai scandale n'est pas seulement individuel : il est générationnel. En présentant ces trajectoires comme des modèles de réussite féminine ou de résilience, les plateformes numériques et une partie des médias locaux installent, dans l'imaginaire d'une jeunesse en quête de repères, l'idée que l'ascension sociale rapide se négocie par le corps et l'allégeance à un réseau jamais par le travail, la compétence ou le mérite. C'est cette « prostitution ésotérique » habillée de spiritualité, de coaching et de solidarité féminine de façade qui doit être nommée pour ce qu'elle est.

Charles Armel Mbatchou