Le chantier de la route Carrefour Bogo–Guirvidig, d'un coût de près de 29,5 milliards de FCFA, est au cœur d'une polémique. Des habitants de Balda accusent l'entreprise chinoise CGCOC d'avoir dégradé la route Balda–Bogo après l'exploitation d'une carrière de gravier, sans procéder à sa réhabilitation.
Alors que le ministère des Travaux publics, NGANOU DJOUMESSI présente le projet d’aménagement de la route Carrefour Bogo–Guirvidig comme l’un des chantiers structurants de la région de l’Extrême-Nord, des habitants du village Balda dénoncent les conséquences de l’exploitation d’une carrière de gravier et réclament l’ouverture d’une enquête.
Attribué en août 2023 à l’entreprise chinoise CGCOC Group, le marché du lot 1 du projet d’aménagement de la route Maroua–Bogo–Pouss porte sur la construction de la section Carrefour Bogo–Guirvidig (32,86 km) ainsi que l’aménagement de 5 km de voiries à Bogo et de 6,2 km de voiries à Maroua. Le contrat, financé par la Banque africaine de développement (BAD) et l’État du Cameroun, représente un investissement de 29,468 milliards de FCFA TTC pour une durée d’exécution de 24 mois.
Selon le ministère des Travaux publics, les travaux sur l’axe principal de 32,86 kilomètres étaient pratiquement achevés au premier semestre 2026, les équipes de l’entreprise poursuivant les travaux connexes, notamment les voiries urbaines, les ouvrages d’assainissement, les équipements de sécurité et la signalisation.
Mais sur le terrain, à Balda, des voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme les conséquences négatives du chantier.
Dans une dénonciation adressée à notre rédaction, les habitants affirment que l’entreprise CGCOC a exploité la carrière située sur la montagne de Balda afin de s’approvisionner en gravier pour les travaux routiers.
Cette carrière avait déjà été exploitée auparavant par l’entreprise SNER lors des travaux de l’axe Maroua–Bogo. A l’issue de ce premier chantier, SNER avait procédé à la remise en état de la route reliant Balda à Bogo, un geste salué par les populations locales.
Les griefs formulés visent cette fois-ci le chantier conduit par CGCOC.
Les habitants affirment que, contrairement à son prédécesseur, l’entreprise n’aurait entrepris aucune réhabilitation de la route Balda–Bogo après l’exploitation de la carrière. Ils soutiennent que cette voie est aujourd’hui fortement dégradée et devient particulièrement difficilement praticable pendant la saison des pluies.
Les auteurs de la dénonciation avancent également de graves accusations. Ils affirment disposer de témoignages selon lesquels une partie du gravier extrait de la carrière aurait été vendue, avec la complicité présumée de deux délégations de supervision, dont ils ne précisent pas l’identité.
Selon eux, les matériaux extraits dans le cadre d’un marché public devraient être exclusivement utilisés pour l’exécution du projet concerné et non faire l’objet d’une commercialisation.
Les populations estiment être les premières victimes de cette situation. Elles évoquent les difficultés rencontrées quotidiennement par les agriculteurs, les commerçants, les élèves et les riverains, contraints d’emprunter une route qu’elles jugent fortement détériorée.
Elles craignent par ailleurs que les engins de l’entreprise soient prochainement redéployés vers un autre chantier, notamment sur l’axe Ngaoundéré–Mbé, sans que les dommages causés à la route Balda–Bogo ne soient réparés.
À travers cette dénonciation, les habitants interpellent directement le ministère des Travaux publics (MINTP) ainsi que les autorités administratives du département du Diamaré.
Ils demandent notamment :
* la réhabilitation urgente de la route Balda–Bogo ;
* l’arrêt de toute vente illégale de gravier, si les faits venaient à être établis ;
* l’ouverture d’une enquête administrative et judiciaire afin de vérifier les allégations portant sur l’utilisation des matériaux extraits de la carrière.
Les plaignants précisent qu’ils ne s’opposent pas au projet routier, qu’ils reconnaissent comme un important facteur de développement pour la région. Ils demandent toutefois que les ressources naturelles exploitées sur leur territoire ne se traduisent pas par une dégradation durable de leurs infrastructures locales.
Boris Bertolt









