Actualités of Friday, 17 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Quand la fièvre de l'or transforme l'Adamaoua en far west — orpailleurs tués, sous-préfet brûlé, enfants sacrifiés

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300 millions de FCFA de dédommagements jamais versés, une émeute réprimée dans le sang, un sous-préfet et ses trois enfants brûlés vifs, un gendarme retrouvé mort : Jeune Afrique reconstitue la spirale de violence qui a ensanglanté Galim-Tignère début 2026, révélant le visage le plus brutal de la ruée vers l'or camerounaise.


Il y a des histoires qui résument tout. Celle de Galim-Tignère, dans la région de l'Adamaoua, est de celles-là. En quelques semaines, début 2026, cette sous-préfecture camerounaise a concentré toutes les violences, toutes les injustices et toutes les tragédies que peut générer une ruée vers l'or mal encadrée, dans un territoire où l'État est trop faible pour s'imposer et où l'argent est suffisamment puissant pour faire taire les consciences. Jeune Afrique, dans le dernier volet de son enquête sur les milliards envolés de l'or camerounais, en reconstitue la chronologie avec une précision glaçante.


Tout commence par une promesse non tenue. Selon les informations recueillies par Jeune Afrique auprès d'un haut fonctionnaire proche du dossier, une entreprise chinoise opérant dans le secteur aurifère de Galim-Tignère avait versé environ 300 millions de FCFA — près de 457 000 euros — pour dédommager les orpailleurs artisanaux qu'elle entendait expulser de leur zone d'exploitation traditionnelle. Un montant censé acheter la paix sociale et permettre à l'entreprise de prendre possession des terres qu'elle convoitait.
L'argent ne parvint jamais aux orpailleurs. Qui l'a intercepté, détourné, conservé ? Jeune Afrique n'apporte pas de réponse définitive à cette question — mais la note que ses sources posent au bord du dossier est sans ambiguïté : dans un secteur minier où les prête-noms, les intermédiaires et les fonctionnaires corrompus prolifèrent, les 300 millions ont disparu quelque part entre l'entreprise chinoise et les exploitants artisanaux. Et cette disparition a mis le feu aux poudres.


Privés de leurs terres et de leurs dédommagements, les orpailleurs de Galim-Tignère décident de maintenir leurs activités malgré les injonctions des autorités. La gendarmerie est envoyée pour les déloger. L'affrontement tourne au drame : l'émeute est réprimée dans le sang, plusieurs orpailleurs meurent par balles, selon les révélations de Jeune Afrique.
Ce que la répression armée d'une communauté qui se sent doublement trahie — par l'entreprise qui n'a pas payé et par l'État qui tire sur elle — peut déclencher comme réaction, l'histoire de Galim-Tignère en fournit une illustration terrifiante. Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2026, le domicile du sous-préfet Joël Patrice Nariki est la proie des flammes. L'administrateur périt dans l'incendie. Avec lui, trois de ses enfants — 8 ans, 10 ans, 12 ans. Son épouse, gravement brûlée, est transportée à l'hôpital. Elle n'y survivra pas.
Cinq vies. Un père, une mère, trois enfants. Consumés dans une maison en feu, dans la nuit d'une ville de l'Adamaoua que la fièvre de l'or avait transformée en poudrière.

Le drame ne s'arrête pas là. Une semaine après l'incendie du domicile du sous-préfet, un gendarme est retrouvé mort dans des circonstances que Jeune Afrique ne précise pas davantage — mais dont la coïncidence temporelle avec les événements précédents est troublante. Une nouvelle victime dans un cycle de violence qui semble ne pas vouloir s'interrompre.

« Une histoire tragiquement banale dans des régions de l'Adamaoua et de l'Est aux allures de far west », écrit Jeune Afrique. La formule est dure. Elle est juste. Car ce qui s'est passé à Galim-Tignère n'est pas un accident isolé. C'est le produit prévisible d'un système où des entreprises étrangères — chinoises en l'occurrence — obtiennent des permis d'exploitation sur des terres occupées par des communautés artisanales sans que ces dernières ne bénéficient d'un processus de consultation et d'indemnisation transparent, légal et effectif.

La tragédie de Galim-Tignère pose des questions auxquelles le gouvernement camerounais n'a pas encore apporté de réponses publiques. Qui a capté les 300 millions de FCFA de dédommagements ? Qui a donné l'ordre de réprimer l'émeute par les armes ? L'incendie du domicile du sous-préfet est-il un acte délibéré de représailles — et si oui, quels en sont les auteurs ? Pourquoi un gendarme a-t-il été retrouvé mort une semaine après ?

Jeune Afrique, qui conclut par cette tragédie son enquête en trois volets sur les milliards envolés de l'or camerounais, pose la question fondamentale que ces morts rendent inévitable : peut-on continuer à développer le secteur minier camerounais sur le modèle actuel — opaque, corrompu, violent — sans que le prix humain ne devienne insupportable ? Cinq membres d'une famille de sous-préfet, des orpailleurs tués par balles, un gendarme mort : le Cameroun paye déjà, en vies humaines, le coût d'un or qui ne lui rapporte presque rien.