Actualités of Thursday, 16 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Or camerounais : 137 dossiers transmis aux juridictions, 200 sociétés dans le viseur —des arrestations annoncées

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Après des années de laxisme dénoncé par les organisations internationales, le gouvernement camerounais franchit un cap décisif : 137 dossiers d'opérateurs miniers illégaux ont été transmis aux juridictions compétentes. Jeune Afrique révèle les contours d'une offensive judiciaire inédite dans un secteur gangréné par la fraude.


Les chiffres parlent d'eux-mêmes, et ils sont sans précédent dans l'histoire du secteur minier camerounais. Lors de la conférence de presse conjointe du 15 juillet 2026, le ministre par intérim des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, a révélé que 137 dossiers d'opérateurs exerçant des activités minières sans titre ni autorisation régulière ont déjà été transmis aux juridictions compétentes. Une offensive judiciaire d'une ampleur inédite, que Jeune Afrique place dans le contexte plus large d'un secteur dont les dérives ont été documentées de longue date — et trop longtemps tolérées.


Pour mesurer l'ampleur de la tâche qui attend la justice camerounaise, il faut d'abord prendre la mesure du désordre que le gouvernement entend résorber. Selon les informations communiquées par le ministre Fuh Calistus Gentry et rapportées en exclusivité par Jeune Afrique, plus de 200 sociétés exercent actuellement des activités minières au Cameroun sans titre ni autorisation régulière. Deux cents entreprises qui extraient, traitent et commercialisent du minerai — notamment de l'or — en dehors de tout cadre légal, sans payer de taxes, sans fournir de déclarations de production et sans être soumises à aucun contrôle effectif de l'État.

Ce chiffre est à lui seul une condamnation du système de régulation minière camerounais tel qu'il a fonctionné jusqu'ici. Car ces sociétés n'ont pas surgi du jour au lendemain. Elles ont prospéré au fil des années, dans l'angle mort d'une administration dont les moyens de contrôle sont insuffisants et dont les agents, comme le révèlent les investigations de Jeune Afrique sur les circuits de corruption dans la filière aurifère, ont parfois préféré fermer les yeux.
137 dossiers judiciaires : une rupture dans la doctrine de l'impunité
La transmission de 137 dossiers aux juridictions compétentes représente, si elle est suivie d'effets, une rupture significative avec la culture d'impunité qui a longtemps caractérisé le secteur minier informel camerounais. Jeune Afrique, qui a enquêté en profondeur sur les mécanismes du trafic d'or camerounais, avait documenté comment les rares saisies opérées aux aéroports de Douala et de Yaoundé se soldaient systématiquement par des libérations discrètes et l'absence de poursuites sérieuses — le cas du commissaire de la Police des frontières Ahmadou Babanguida, arrêté en janvier 2023 puis discrètement remis en liberté, en étant l'illustration la plus flagrante.

La question centrale que posent ces 137 dossiers judiciaires est donc celle de leur suite effective : s'agit-il d'une véritable volonté de poursuivre jusqu'à des condamnations, ou d'une opération de communication destinée à répondre à la pression de l'opinion publique et des organisations internationales ? Les prochains mois, et les verdicts qui en découleront — ou n'en découleront pas —, apporteront la réponse.
La fraude des permis de recherche : une pratique enfin nommée
Parmi les révélations de la conférence de presse du 15 juillet rapportées par Jeune Afrique, l'une mérite une attention particulière : le ministre a officiellement dénoncé l'utilisation des permis de recherche à des fins d'exploitation. « Un permis de réalisation de recherche est destiné aux travaux d'exploration visant à identifier et à évaluer un gisement », a-t-il rappelé — sous-entendant que de nombreux opérateurs utilisent ces autorisations d'exploration, plus faciles à obtenir, pour conduire en réalité des activités d'extraction commerciale.
Cette pratique constitue une fraude au droit minier camerounais, permettant à ses auteurs d'extraire et de commercialiser de l'or sans s'acquitter des redevances et taxes applicables à l'exploitation. En la nommant publiquement, le gouvernement reconnaît implicitement qu'elle est répandue — et que la régulation en place jusqu'ici n'a pas su l'endiguer.

682 fois plus d'exportations que de déclarations : le chiffre qui accable
Pour comprendre pourquoi le gouvernement camerounais est contraint d'agir, un chiffre suffit. Selon le rapport 2023 de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), cité par Jeune Afrique, 953 kg d'or ont été officiellement produits au Cameroun en 2023, et seulement 22,3 kg ont été officiellement exportés. Pendant ce temps, les pays acheteurs — Dubaï en tête — déclaraient avoir importé 15,2 tonnes d'or d'origine camerounaise. Soit 682 fois plus que les exportations déclarées par le Cameroun lui-même.



Un écart de cette magnitude ne s'explique pas par de simples erreurs comptables ou une sous-déclaration partielle. Il dessine les contours d'un système organisé, à grande échelle, avec des complicités institutionnelles. Les 137 dossiers judiciaires transmis aux juridictions camerounaises ne représentent qu'un premier pas. Le chemin vers une véritable reddition de comptes dans la filière aurifère camerounaise est encore long.