Actualités of Tuesday, 14 July 2026

Source: L'Indépendant n°1044 du 13 juillet 2026

Conditions de vie au Cameroun : une mauvaise nouvelle circule depuis quelques jours

Investissements publics Investissements publics

L'autre réalité du contexte économique camerounais est la chute des dépenses d'investissement. En effet, à fin mars 2026, elles s'établissent à 45 milliards de francs CFA, contre 175,5 milliards un an plus tôt. C'est une baisse de 74,4 %. Concrètement, le taux d'exécution des crédits d'investissement inscrits dans la loi de finances 2026 n'atteint que 2,5 % et ce taux tombe même à 0,3 % pour les projets financés sur ressources propres de l'État. Sur ressources extérieures, on est un peu mieux loti, à 5,2 %, mais ça reste très faible.

Il est vrai, et c'est une nuance importante, que le premier trimestre est traditionnellement une période creuse pour l'investissement public. Les procédures de passation des marchés prennent du temps, les projets montent en charge progressivement, et une bonne partie de l'exécution se concentre historiquement sur le second semestre. Ce n'est donc pas totalement anormal en soi. Mais l'écart avec 2025 est trop large pour être uniquement de la saisonnalité.

Le gouvernement met en avant un facteur technique : le basculement, au début de l'exercice 2026, vers une nouvelle plateforme de gestion budgétaire baptisée Probmis IA. Ce changement de système aurait perturbé le traitement des opérations, aussi bien sur les dépenses courantes (dont l'exécution recule à 14,7 %) que sur l'investissement. C'est plausible : les transitions informatiques dans l'administration publique, même bien préparées, génèrent presque toujours des ralentissements temporaires. Mais on peut aussi se demander si ce facteur technique ne sert pas un peu à habiller un problème plus structurel, celui du manque de financements extérieurs disponibles pour lancer les chantiers.

Les deux explications ne s'excluent d'ailleurs pas. Une administration qui digère un nouveau logiciel et qui doit composer avec des décaissements extérieurs très en retard, ça fait deux freins qui se cumulent plutôt qu'un seul qui suffirait à tout expliquer. Au total, les dépenses budgétaires ordonnancées à fin mars atteignent 1 547,1 milliards de Fcfa, en léger recul de 2,9 % sur un an. Et si on regarde le taux de réalisation global des ressources sur l'objectif annuel de la loi de finances (8 683,9 milliards), on est à 15,3 %, contre 19,6 % à la même période en 2025.

Le rythme de départ est donc plus lent que l'an dernier, sur à peu près tous les compartiments. Cette photographie du premier trimestre s'inscrit dans un contexte plus large qu'il faut garder en tête. Le Cameroun est sorti en 2025 de son programme avec le FMI (Facilité élargie de crédit et Mécanisme élargi de crédit), après plusieurs années d'appui.

Depuis, les autorités négocient un nouveau programme, et le Conseil de cabinet du 26 juin 2026 a explicitement fait de cette négociation l'un des quatre piliers de sa stratégie budgétaire 2027-2029, avec l'objectif de maintenir la dette sous 50 % du PIB. Le souci, c'est que tant que ce nouveau programme n'est pas signé, les appuis budgétaires classiques du FMI ne rentrent plus dans les caisses, ce qui explique en bonne partie pourquoi la ligne « appuis budgétaires » affiche un zéro pointé au premier trimestre 2026.