Une crise secoue aujourd'hui le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Pour certains observateurs, il ne faut surtout pas résister à une tentative, celle de réduire ce qui se passe à un simple conflit de personnes, un peu comme si l'on avait affaire aux militants convoqués contre la Commission de clarification et de réconciliation (CCR). Ou alors, aux loyalistes contre les dissidents.
Ce qui se joue au MRC depuis la fin de la campagne présidentielle de 2025, c'est une guerre de récits. Et pour comprendre cette guerre, il faut d'abord comprendre la stratégie qui l'a produite.
Il s'agit, selon certains, d'une déstabilisation pensée, planifiée, exécutée. Chris Manengs, directeur de campagne d'Issa Tchiroma Bakary, l'a écrit lui-même dans son livre. L'objectif était simple : réduire l'influence de Maurice Kamto pour repositionner Tchiroma comme seul challenger crédible du candidat du RDPC. Simple à énoncer. Redoutable à exécuter.
La méthode décrite par Chris Manengs repose sur ce qu'il appelle la guerre de perception : contrôler l'attention médiatique, fracturer la base adversaire, recruter des cadres, exploiter les frustrations internes, retourner les accusations, occuper l'espace narratif. Ce n'est pas de la politique improvisée. C'est de l'ingénierie électorale froide, documentée, revendiquée. Et les faits indiquent qu'elle a fonctionné, au moins en partie.
Des cadres du MRC, dont certains vice-présidents, ont été recrutés pour servir la cause Tchiroma. Des structures du parti ont été utilisées à ces fins. Des listes de militants ont changé de mains. Ce n'est pas une supposition. C'est ce que Maurice Kamto lui-même a reconnu dans son discours du 23 décembre 2025 lorsqu'il a évoqué le sentiment que le parti avait été, par moments, actionné de l'extérieur.
C'est dans ce contexte qu'il faut lire la création de la Commission de clarification et de réconciliation. Pour certains, il s'agit d'une procédure de vérité, explicitement présentée comme telle par le président du MRC, qui a pris soin d'exclure toute logique de vengeance et d'inscrire la démarche dans une perspective de cohésion et de pacification interne.
Selon ses dirigeants, c'est une guerre de perception et non une guerre d'arguments. Une guerre de cadres. Celui qui parle en premier impose les termes du débat. Celui qui occupe l'espace médiatique le plus tôt définit qui est la victime et qui est le bourreau. Celui qui formule l'accusation oblige l'adversaire à se défendre et le met ainsi en position de faiblesse structurelle, quand bien même il aurait raison sur le fond.
Dans cette logique, le contenu importe moins que la forme. Ou plutôt, la vérité importe moins que la vitesse. Mieux, l'argument importe moins que l'image. C'est précisément ce que Chris Manengs a théorisé : en politique moderne, celui qui contrôle l'attention médiatique contrôle le narratif, les soutiens, les financements et la perception du leadership.
La stratégie appliquée contre le MRC n'a pas cherché à démontrer que l'ancien ministre délégué avait tort. Elle a cherché à faire croire qu'il était devenu ce qu'il combattait : autoritaire, sectaire, dangereux pour les siens. C'est le mécanisme du retournement.









