Le village en question est celui de Mbanya. Qui a intérêt à le faire disparaitre, demande Boris Bertolt. Le lanceur d'alerte décrit les faits.
Selon un extrait de jugement du Tribunal administratif du Littoral rendu le 21 mai 2026, la juridiction a annulé l'arrêté préfectoral n°922/AP/ SAAJP du 3 septembre 2020 portant création de la chefferie traditionnelle de 3e degré de Mbanya. Le recours avait été introduit par Sa Majesté Edoube Dikotto Mpondo David contre l'État du Cameroun (ministère de l'Administration territoriale).
Dans sa décision, le Tribunal a déclaré fondée la demande relative à l'annulation de l'acte de création de la chefferie de Mbanya et a prononcé l'annulation de l'arrêté contesté avec toutes les conséquences de droit qui en découlent. En revanche, la juridiction s'est déclarée incompétente pour connaître de la demande visant l'annulation de l'arrêté portant homologation de la désignation du chef de 3e degré du village Mbanya.
Cette décision judiciaire pourrait avoir des répercussions importantes sur l'organisation administrative et traditionnelle de cette localité située dans le département du Wouri.
Une liquidation administrative pour éponger des dettes ?
Dans les coulisses de ce feuilleton judiciaire, la rumeur publique et des documents financiers accablants suggèrent une motivation bien éloignée de la simple préservation des traditions. Sa Majesté Edoube Dikotto fait face à une asphyxie financière sans précédent.
Son propre conseil, Me Siewe Victor, lui réclamait par voie de sommation en septembre 2025 une note de frais agglomérée vertigineuse s'élevant à 19 988 544 000 francs CFA (près de vingt milliards de francs CFA) ainsi qu'un abandon de 400 m² de terrain.
Pour de nombreux observateurs, la manœuvre visant à contester l'existence même ou la délimitation du village Mbanya répondait à un impératif de survie économique : faire main basse sur les terres et dissoudre la collectivité pour liquider des créances devenues impayables.
Le mystère des eaux sacrées de Mbanya et le baptême mystique
Au-delà de l'aspect pécuniaire, les ambitions de la chefferie Bonamouang toucheraient au sacré. Des indiscrétions font état d'un projet hautement symbolique et mystique nourri par le chef traditionnel : faire baptiser ou initier l'un de ses pairs dans les eaux sacrées de Mbanya.
Ce lieu n'est pas anodin, puisqu'il s'agit du site historique exact où le président de la République, Paul Biya, avait été initié aux rites traditionnels lors de ses
passages mémorables à Douala.
Accaparer le contrôle de Mbanya, c'était aussi s'approprier ce puissant canal de
légitimité mystico-politique.
L'antériorité historique des Bakoko face aux Bonamouang
Pourtant, sur le plan strictement historique et coutumier, la revendication territoriale se heurtait à une réalité anthropologique incontournable. Les archives et la mémoire des lieux rappellent que la collectivité Bonamouang a trouvé sur place le peuple Bakoko, déjà solidement installé et structuré depuis des générations sur ces terres de
Mbanya.
La décision du Tribunal administratif relance ainsi le débat sur les fondements historiques, coutumiers et administratifs ayant conduit à la création de cette chefferie en 2020.









