Actualités of Thursday, 2 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Le business de l’ombre : Oswald Baboké, son empire et sa machine à laver l’image

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Comment un simple fonctionnaire, modeste homme de course de Chantal Biya à ses débuts, est-il devenu l'un des rares fonctionnaires multimilliardaires au monde ? C'est l'énigme au cœur de cette enquête sur Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil de Paul Biya. Entre un empire tentaculaire – hydrocarbures (Jociddalo Petroleum), restauration de luxe (« Continent 237 », « Le Parfum d'Eden »), foncier et or –, une cellule de communication de crise redoutable recrutant journalistes et influenceurs pour blanchir son image, et l'opacité totale sur les sources de sa fortune, le mystère reste entier. L'épouse, Crescence Baboke, inspectrice principale des Impôts, sait mieux que personne qu'aucun salaire de fonctionnaire ne permet de lever des milliards. Les affaires foncières, les prête-noms chinois et les trafics d'or tissent la toile d'un système de prédation méthodique. Face aux critiques, leur riposte est immuable : larmes de crocodile, démentis orchestrés par des médias de cour, et la convocation au Tribunal Criminel Spécial brandie comme un brevet d'innocence – une confusion savamment entretenue. Mais le compte à rebours de la vérité semble bel et bien enclenché.





Le business de l’ombre : Oswald Baboké, son empire et sa machine à laver l’image
Une soutenance de thèse diffusée en direct comme un show à l’américaine. Tout le gotha national sur son trente-un. Plus tard, la superstar Fally Ipupa invitée en guest-star pour la touche finale. Entre un train de vie d’oligarque, des étalages de richesse provocants aux côtés du pasteur de Tsinga et ce faste permanent, une question brûle toutes les lèvres : comment un simple fonctionnaire peut-il s'offrir tout cela ? À moins que, pour ces gens-là, nous ne soyons que des canards sauvages de Dimako, bons à gober n'importe quelle fable.

Au Cameroun, la règle est pourtant simple : on peut s’enrichir, mais dans la légalité. Oswald Baboké, Directeur adjoint du Cabinet Civil (DCC) du Président Paul Biya, a choisi de piétiner cette règle d'or. Du jour au lendemain, ce modeste fonctionnaire, dont la carrière s’est longtemps résumée à jouer les hommes de course pour Chantal Biya et à garder les enfants du couple présidentiel, s’est mué en multimilliardaire — l'un des rares fonctionnaires multimilliardaires au monde grâce à la rapine. Il étale sa fortune sans le moindre complexe, poussant le peuple à un exercice mental vertigineux : d’où vient l’argent ?
Rembobinons le film. À ses débuts, Oswald Baboké est un étudiant qui galère à Tours, en France. Changement de décor : il est parachuté à l’Iric (Institut des relations internationales du Cameroun) puis propulsé à la présidence de la République par la grâce de Chantal Biya, avec qui il a grandi à Dimako chez son oncle Moungui Sossomba. Après ce passage forcé à l’Iric, le seul poste sérieux de sa vie reste celui de directeur adjoint du cabinet civil, décroché en mars 2018 — soit huit ans de magistrature de l'ombre aujourd'hui. Et le mystère demeure entier : par quel miracle ce serviteur de l'État a-t-il accouché de tant de milliards ? Est-ce le Saint-Esprit qui les lui a donné, puisque apparemment "Dieu" l’aime beaucoup ?
Le secret réside dans un pillage méthodique. Oswald Baboké, son épouse Crescence, sa fille Indira ainsi que son beau-frère Antoine Samba font partie de ceux qui siphonnent l’or du Cameroun. Leurs domiciles de Dimako, de Nkolandom ou de Biteng et d’ailleurs sont, dit-on, de véritables cavernes d'Alibaba truffées de métaux précieux. Pour opérer, la famille avance masquée derrière une armée de prête-noms, notamment des partenaires chinois. Mais l’or ne suffit pas : ils ont aussi mis la main sur le secteur stratégique des hydrocarbures via la société Jociddalo Petroleum, sans oublier le business de la restauration à travers l'enseigne Le Parfum d’Eden, une vitrine idéale pour gonfler les factures des services traiteurs lors des cérémonies officielles de la République.
L’affaire foncière de Nlongkak, en octobre 2024, n'est que la face émergée de l'iceberg. Jociddalo Petroleum — officiellement gérée par un prête-nom mais détenue en sous-main par Créscence Baboké (haut cadre à la Direction Générale des Impôts) et ses enfants — a tenté de faire main basse sur un terrain de 2 185 m² en plein cœur de Yaoundé. Il a fallu que la famille Mballa Bounoung, propriétaire historique, crie au scandale pour gripper cette machine administrative un peu trop bien huilée. La ligne de défense de Créscence ? « Nous ne savions pas que ce terrain appartenait à quelqu’un. » Une naïveté confondante qui force l’admiration, surtout de la part d’une inspectrice principale des Impôts...
Mais Jociddalo n’est qu’une pièce du puzzle. Le couple Baboké trône sur un empire tentaculaire : le très luxueux complexe « Continent 237 » sur la route de Bastos, le traiteur « Le Parfum d’Eden » au quartier Nkolndongo, des complexes événementiels, des exploitations agricoles VIP, et une forteresse insolente à Dimako. Pour couronner le tout, Jociddalo s’est vu octroyer en juin 2024 l’autorisation d’importer 20 000 tonnes de carburant. Un marché aux marges d’or. Face à cette boulimie financière, la comparaison devient inévitable : son propre frère, Joseph Le, ministre de la Fonction publique, ou son ancien patron, Edgar Alain Mebe Ngo’o (pourtant deux fois DCC), n’ont jamais affiché une telle opulence. Pourquoi lui ?
La galaxie Baboké-Chantal Biya, aux côtés de figures comme Ferdinand Ngoh Ngoh ou Samuel Eto’o, se retrouve régulièrement citée dans les dossiers chauds du trafic de l'or camerounais. Quand on sait ce que pèse une seule tonne d’or sur les marchés mondiaux, le calcul global risque de vous déclencher un AVC.
Pour protéger ce trésor de guerre, Baboké a financé une cellule de communication de crise redoutablement agressive. Avec l'appui de Samuel Eto'o et via la communicante Mireille Fomekong et Georges Dougueli, ils ont recruté une véritable milice digitale de journalistes et de lanceurs d’alerte. En première ligne : Éric Vareni (promoteur de la page Le Quatrième Pouvoir), Bruno Bidjang (dont la place légitime est plutôt derrière les barreaux au vu des casseroles judiciaires et des affaires d’assassinats qui l'entourent), ou encore Aristide Bounah, patron d’Afrik-Inform.
Qualifier ces gens de journalistes relève de la science-fiction. Ce sont les « Grand Barak » des médias, une référence au comédien devenu le symbole de la fausse célébrité tarifée. Leurs méthodes parlent pour eux. Aristide Bounah, par exemple, utilise son gala des Afrik-Inform Awards pour blanchir la réputation de ses généreux donateurs. Le 29 juin 2025, lors de la 4ème édition, il a décerné un prix à Oswald Baboké en personne. Un hasard ? Non, un renvoi d'ascenseur. Dès qu’une enquête gênante sort, Bounah monte au créneau en jurant avoir « recoupé les informations auprès de la famille Baboké ». C’est l’art de demander au voleur s'il a bien volé.
La liste des blanchisseurs d'image est longue : les Steve Fah, Moustik Le Karismatik, le volubile et freluquet Serge Tamba ou encore le criminel Paul Daizy Biya participent au même cirque, transformant l'information en un vulgaire service de relations publiques. Ces influenceurs ne cherchent pas les faits ; ils protègent les coffres-forts du couple Baboké. Pourtant, Créscence, de par son poste stratégique à la DGI, sait mieux que personne qu’aucun salaire de fonctionnaire, aussi élevé soit-il, ne permet de lever des milliards auprès des banques. Tout repose sur l'illusion, les prête-noms et les écrans de fumée.
Face à la tempête, leur riposte est immuable : des larmes de crocodile et des démentis orchestrés par leurs médias de cour. Ils brandissent aussi l'argument massue de la convocation au Tribunal Criminel Spécial (TCS) comme si c'était un brevet d'innocence. Erreur de casting : être convoqué au TCS n'est pas une condamnation, c'est le point de départ d'une enquête criminelle. C'est une obligation légale qui pend au nez de tout justiciable, coupable ou innocent. Si j’étais convoqué demain, j’irais sans trembler, car la justice instruit à charge et à décharge. Mais pour la bande à Baboké, le compte à rebours de la vérité semble bel et bien enclenché.


PAUL CHOUTA