Actualités of Monday, 29 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Coup d’État manqué : Paul Biya fait le ménage dans le dispositif de sécurité présidentielle

La révision constitutionnelle a créé un monstre politique La révision constitutionnelle a créé un monstre politique

La révision constitutionnelle d'avril 2026, en créant le poste de vice-président, a engendré une crise institutionnelle et politique au Cameroun. Cette réforme, présentée comme un moyen d'assurer une transition stable, aurait au contraire exacerbé les rivalités entre les clans du pouvoir, paralysé les décisions gouvernementales et fragilisé la présidence. Certains signaux, notamment des changements dans le dispositif de sécurité présidentielle, traduiraient une perte de confiance envers les promoteurs de cette réforme et une profonde crise au sommet de l'État.

Il existe, dans l'histoire des régimes autoritaires, une catégorie particulière d'erreurs politiques. Pas les erreurs commises par l'ennemi. Pas les erreurs imposées par les circonstances. Les erreurs conçues, planifiées, exécutées par ceux-là mêmes qui devaient protéger le système. Des erreurs habillées en réformes. Des pièges déguisés en solutions.

Le Cameroun vit l'une de ces erreurs en ce moment. Et elle a un nom précis : la révision constitutionnelle d'avril 2026.

Ce texte, adopté dans la précipitation par une Assemblée nationale aux ordres, a introduit un poste de vice-président appelé à devenir le pivot de la succession post-Biya. Deux mois plus tard, ce poste est vide, le gouvernement est bloqué, les clans s'entre-déchirent, et le pays est suspendu dans un vide institutionnel que personne ne sait comment combler.

La réforme censée stabiliser le système est en train de le dévorer.

La réforme et ses architectes

Pour comprendre le piège, il faut remonter à ses origines.
La révision constitutionnelle n'est pas née d'une vision d'État. Elle n'a pas été conçue par des juristes soucieux de moderniser les institutions camerounaises, ni par des réformateurs sincères désireux de préparer une transition démocratique. Elle a été portée, en coulisses, par un clan précis : celui qui gravite autour du secrétariat général de la présidence, avec Ferdinand Ngoh Ngoh comme figure centrale.

L'argument présenté au chef de l'État était habile. La réforme permettrait d'adapter la Constitution aux standards internationaux. Elle renforcerait la continuité de l'État. Elle offrirait à Paul Biya la possibilité de choisir librement et sereinement son dauphin. Elle lui permettrait de déléguer sans abdiquer.

Tout cela était vrai en apparence. Tout cela était faux dans l'intention.
Ce que les promoteurs de la réforme voulaient réellement, c'est un mécanisme constitutionnel qui leur permettrait de contrôler la transition post-Biya depuis l'intérieur du système. Un poste de vice-président dont l'occupant hériterait automatiquement de la magistrature suprême en cas d'indisponibilité du chef de l'État. Un sésame institutionnel. Une clé du trône, fabriquée par ceux qui rêvaient d'y accéder.

Ils ont présenté la réforme comme un outil de stabilité. Ils en ont fait un instrument de capture du pouvoir.
Paul Biya a signé. Et le piège s'est refermé — mais pas sur celui qu'on croyait.

L'anatomie d'un poste piégé

Il faut mesurer l'ingéniosité perverse de la situation dans laquelle la réforme a placé le président.

Nommer un vice-président aujourd'hui, c'est désigner publiquement son successeur potentiel. C'est créer, au cœur même de l'exécutif, un centre de pouvoir autonome doté d'une légitimité constitutionnelle que nul ne peut contester. C'est donner à un homme — quel qu'il soit — les moyens institutionnels de gouverner sans avoir besoin du président pour exister. C'est accélérer sa propre marginalisation. C'est, en un mot, signer l'acte de sa propre mise à l'écart anticipée.

Dans un régime construit sur la personnalisation absolue du pouvoir, c'est un acte suicidaire.

Paul Biya l'a compris. Et il n'a pas nommé.
Mais l'absence de nomination a produit ses propres effets. Les clans, qui s'étaient d'abord battus pour placer leur candidat à la vice-présidence, ont progressivement réalisé que le premier nommé serait aussi le premier exposé. Exposé aux autres clans qui se ligueraient contre lui. Exposé à Chantal Biya si ce n'est pas son candidat. Exposé à Franck Biya si ce n'est pas le sien. Exposé au SGPR si ce n'est pas lui. Exposé aux partenaires étrangers qui surveille chaque mouvement de la succession camerounaise.

La bataille pour obtenir le poste s'est transformée en bataille pour empêcher sa nomination. Pas parce que les clans ont renoncé au pouvoir. Parce qu'ils ont compris que tant que le poste reste vide, chacun conserve ses chances. Dès qu'un nom est prononcé, tous les autres deviennent ses ennemis.

C'est la définition exacte d'un piège institutionnel. Un poste constitutionnel que son propre créateur ne peut pas pourvoir. Un vide que personne ne peut combler sans déclencher la guerre de tous contre un.

Les conséquences : un système en apnée

Ce vide n'est pas anodin. Il a des effets concrets, visibles, documentés sur le fonctionnement de l'État camerounais.

Le premier est le blocage gouvernemental. Nommer un vice-président suppose logiquement de nommer un gouvernement qui travaillera sous son autorité. Or nommer un gouvernement, c'est redistribuer les positions, redistribuer les accès aux ressources, redistribuer les fiefs ministériels que les clans occupent depuis des années. Dans un contexte de guerre de succession, chaque clan préfère le statu quo au risque d'être écarté par un remaniement. Le résultat : un gouvernement attendu depuis des mois, des dossiers stratégiques en suspens, des décisions économiques différées, des partenaires diplomatiques qui temporisent.

Le deuxième effet est l'explosion des manœuvres parallèles. Quand les voies institutionnelles sont bloquées, les acteurs cherchent des raccourcis. C'est dans ce contexte qu'il faut lire l'affaire du faux décret du 12 juin, envoyé à la CRTV par un porteur qui n'était manifestement pas autonome. C'est dans ce contexte qu'il faut lire la multiplication des rumeurs de remaniement, des listes de gouvernements qui circulent sur les réseaux sociaux, des noms qui surgissent et disparaissent. Un système qui ne peut pas décider par les voies normales décide par les voies anormales. Et les voies anormales mènent au chaos.

Le troisième effet est la fragilisation de la présidence elle-même. Un chef de l'État dont on attend la nomination d'un successeur potentiel est un chef de l'État dont l'autorité est déjà entamée dans les esprits. Chaque semaine qui passe sans nomination renforce l'idée que le centre ne tient plus, que les décisions ne viennent plus d'en haut, que le pouvoir est déjà en train de migrer vers des mains que personne n'a élues.

Le signal de la sécurité

Dans les régimes hyper-présidentialisés, il existe un indicateur que les initiés lisent mieux que n'importe quel communiqué officiel : la sécurité rapprochée du chef de l'État.

Celui qui tient la sécurité du président tient les clés du système. Quand un président retire à un collaborateur le contrôle de sa protection, cela ne relève pas de la logistique. C'est un acte politique majeur. Cela signifie une chose et une seule : il ne lui fait plus confiance.

Or, selon des informations concordantes relayées par plusieurs sources dont Jeune Afrique, la sécurité rapprochée de Paul Biya à Genève ne serait plus gérée par les réseaux traditionnellement liés au clan Ngoh Ngoh. Elle serait désormais entre les mains d'une société américaine spécialisée. Ce basculement n'est pas un détail administratif. C'est le signe que Paul Biya a tiré ses propres conclusions sur les architectes de la réforme constitutionnelle. Et que ces conclusions ne leur sont pas favorables.

La réforme a produit l'effet que ses promoteurs n'avaient pas anticipé : elle a rendu suspects ceux qui l'avaient conçue. Elle a affaibli le clan qui devait en bénéficier. Elle a retourné contre ses architectes l'outil qu'ils avaient forgé pour eux-mêmes.

Un monstre qui dévore ses créateurs

La révision constitutionnelle devait préparer la transition. Elle l'a rendue impossible à organiser. Elle devait renforcer la continuité de l'État. Elle a créé un vide institutionnel béant. Elle devait clarifier les règles du jeu. Elle a multiplié les zones d'ombre. Elle devait servir les intérêts de ceux qui l'ont portée. Elle les a exposés, fragilisés, marginalisés.

C'est le paradoxe fondamental de cette crise : le Cameroun ne souffre pas seulement de l'absence d'un vice-président. Il souffre de l'existence d'un poste constitutionnel que nul n'ose pourvoir, que nul ne peut abandonner, et dont le vide aspire dans son orbite chaque acteur politique du pays.

Un poste impossible à occuper. Un vide impossible à combler. Une guerre impossible à arrêter. Une transition impossible à organiser.
La révision constitutionnelle a créé un monstre politique. Un monstre qui paralyse le gouvernement, fragilise le chef de l'État, divise les clans, inquiète les partenaires étrangers, et plonge 28 millions de Camerounais dans une incertitude institutionnelle dont personne ne connaît l'issue.

Et ce monstre dévore désormais ceux qui l'ont conçu.
L'histoire retiendra que la plus grande menace pour le système Biya n'est pas venue de l'opposition. Elle est venue d'une réforme constitutionnelle portée par ses propres collaborateurs.

John Lawson