Actualités of Saturday, 27 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Jeune Afrique révèle que 82% de l'environnement numérique d'Amougou Belinga n'a pas été exploité — et que son téléphone clé reste introuvable

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Dans tout procès pénal, les lacunes de l'instruction parlent parfois autant que les preuves établies. Et dans l'affaire Martinez Zogo, les lacunes numériques autour de Jean-Pierre Amougou Belinga sont d'une ampleur que Jeune Afrique révèle en exclusivité dans son enquête du 24 juin 2026 — et qui constitue peut-être le nœud gordien de tout ce procès. 82% de l'environnement numérique du principal mis en cause n'a pas été exploité. Le téléphone utilisé dans ses échanges avec Justin Danwe — le chef du commando — est introuvable. Et les deux experts qui ont comparu à la barre ont tous deux déclaré n'avoir trouvé «aucun lien explicite» entre Amougou Belinga et l'assassinat de Martinez Zogo — à partir des seuls 18% d'appareils qui ont pu être analysés.

18% exploités, 82% dans l'ombre : une expertise à géométrie variable
Jeune Afrique documente avec une précision accablante l'étendue de ce qui n'a pas été fait. L'expert Georges Bell Bitjoka — dont les révélations avaient déjà secoué les audiences des 1er et 2 juin — avait précisé lors de sa comparution que «seuls 18% des appareils attribués à Amougou Belinga avaient effectivement été exploités, tandis qu'une partie significative de son environnement numérique restait soit non identifiée, soit inaccessible». Puis, lors des audiences des 22 et 23 juin, un second expert Jean-Pierre Oloumou a confirmé que l'examen des appareils d'Amougou Belinga n'avait «révélé aucun lien avec l'assassinat de Martinez Zogo». Deux experts. Deux conclusions similaires. Sur 18% des données disponibles.

L'avocate de la partie civile Me Félicité Zeifman a immédiatement saisi la logique implacable de cette situation : si 18% des données ne révèlent rien, cela ne prouve pas l'innocence — cela prouve seulement que 82% des données n'ont pas été regardées. «Il subsistait des découvertes à faire», a-t-elle soutenu devant le tribunal en soulignant que 82% de l'environnement numérique restaient «non exploités». Une requête d'expertise complémentaire a été déposée — et rejetée par le tribunal.

Le téléphone introuvable : la pièce à conviction qui n'existe plus
La révélation la plus troublante de Jeune Afrique concerne un objet qui devrait être au cœur de toute investigation numérique — et qui a disparu. «Le téléphone attribué à Amougou Belinga et utilisé dans certains échanges avec le lieutenant-colonel Justin Danwe n'a pas été retrouvé», révèle le journal. Les données obtenues sur ces échanges «ont en réalité été obtenues à partir de l'appareil de Danwe» — et elles révèlent selon le compte de Bell Bitjoka «26 appels audios, un appel vidéo et des messages systématiquement effacés». L'appareil de l'accusé principal est absent. Les messages ont été supprimés. Et l'instruction ne s'est pas davantage attardée sur ces lacunes.

L'absence de ce téléphone — dont les échanges avec Danwe pendant les jours de l'enlèvement avaient été qualifiés par l'expert de «particulièrement intenses» lors des audiences précédentes — est un fait judiciaire d'une gravité considérable. Un objet de preuve potentiellement décisif. Introuvable. Et personne au sein de la commission d'enquête n'a apparemment cherché à en expliquer l'absence ni à en reconstituer le contenu autrement que via les données partielles extraites du téléphone de Danwe.



Jeune Afrique documente enfin la question qui agite les avocats de la partie civile et de la DGRE. Malgré les données incomplètes sur Amougou Belinga, le commissaire du gouvernement Cerlin Belinga a «préféré pousser ses investigations vers un autre personnage, jamais cité jusque-là — l'ancien directeur des impôts Modeste Mopa Fatoing», avec lequel Danwe entretenait aussi une relation documentée. Ce changement de focale judiciaire a immédiatement suscité des interrogations publiques de la partie civile : «Pourquoi le commissaire du gouvernement a-t-il semblé ne pas vouloir approfondir les investigations sur Amougou Belinga pour explorer d'autres relations ?», demande Me Zeifman.
La réponse de Cerlin Belinga — «il lui appartient d'interroger à charge comme à décharge» — est juridiquement irréprochable. Elle ne répond pas à la question de fond que Jeune Afrique pose en creux : pourquoi explorer des pistes nouvelles avant d'avoir épuisé les 82% de données numériques inexploitées sur le principal accusé ?