Qualifiée de « veuve noire » et de « spécimen des musées de laideur » sur Vision 4, Me Félicité Esther Zeifman a reçu le soutien sans faille de son ordre professionnel. Dans un courrier cinglant adressé au CNC, le Barreau dénonce un lynchage médiatique qui fragilise l'institution judiciaire tout entière.
L'Ordre des Avocats du Cameroun ne cache pas son indignation. Par la voix de son bâtonnier, Me Mbah Eric Mbah, le Conseil de l'Ordre a saisi le CNC pour dénoncer ce qu'il qualifie de « traitement médiatique » inacceptable infligé à l'une de ses membres.
« Le Barreau du Cameroun a été interpellé par plusieurs de ses membres et a pris connaissance, avec une vive préoccupation, d'une séquence audiovisuelle largement relayée sur les réseaux sociaux », peut-on lire dans la correspondance officielle.
Un « lynchage médiatique »
Le Barreau décrit la séquence comme relevant « d'une rare agressivité verbale et psychologique ». Les termes employés par le journaliste de Vision 4 et les images diffusées constituent, selon l'Ordre, une entreprise de déstabilisation de l'avocate, qui exerce pourtant une fonction essentielle dans le procès Martinez Zogo.
Ce qui est en jeu, souligne le Barreau, c'est bien plus que la réputation d'une seule avocate. « Les atteintes publiques portées à la dignité et/ou à la réputation d'un avocat sont de nature non seulement à affecter la personne visée, mais également à fragiliser la confiance du public dans l'institution judiciaire et dans l'exercice serein des droits de la défense, jetant au passage un discrédit injustifié sur le Barreau du Cameroun tout entier », écrit l'institution.
Le Barreau met en garde contre les conséquences de telles dérives. En s'attaquant à une avocate en exercice, ce sont les fondements de l'État de droit qui sont menacés : la présomption d'innocence, le secret professionnel, le droit à un procès équitable.
L'Ordre rappelle que le lien entre l'affaire Martinez Zogo et la chaîne de télévision Vision 4 est « de notoriété publique », ce qui accentue, selon lui, la gravité des faits.
Ce que dit la loi
Le Barreau fonde sa saisine sur plusieurs articles du Décret n° 2012/038 du 23 janvier 2012 :
Article 4 (1) : le CNC veille au respect des lois, de l'éthique et de la déontologie professionnelles
Article 5 : le CNC connaît de toutes autres questions relevant du domaine de la communication sociale
Article 6 : le CNC peut infliger des sanctions aux professionnels manquants
Une mise en demeure
Le Barreau demande au CNC de dire si les faits incriminés sont compatibles avec les exigences légales et déontologiques, et, dans l'affirmative, de prendre toutes les mesures utiles, y compris des sanctions, à l'encontre de l'organe de presse et des journalistes impliqués.
« Le Barreau du Cameroun demeure convaincu que le Conseil National de la Communication, fidèle à sa mission de régulation et de protection des valeurs fondamentales de la communication sociale, réservera à la présente dénonciation toute l'attention qu'elle mérite », conclut l'institution.
Au-delà de l'affaire particulière, c'est un signal fort que le Barreau adresse à l'ensemble des médias : les avocats, en tant qu'auxiliaires de justice, bénéficient « du respect dû à leur fonction comme à leur personne ». Une mise au point qui intervient alors que les débats autour du procès Martinez Zogo sont particulièrement vifs et médiatisés.
Le CNC devra trancher : simple excès de langage ou véritable manquement à la déontologie ? La réponse aura des conséquences pour l'ensemble du paysage audiovisuel camerounais.









