Recherché pour avoir ordonné l'exécution de deux jeunes brûlés vifs, le chef supérieur du groupement Baloum a été appréhendé ce mercredi. Il se trouve actuellement au tribunal de Dschang, entre les mains des éléments de la gendarmerie qui l'ont conduit à la barre.
C'est le dénouement d'une traque qui a tenu en haleine la région de l'Ouest. Noussi Pokam Charly Constant, chef de 2ᵉ degré du groupement Baloum, dans l'arrondissement de Penka-Michel, a été interpellé par les forces de sécurité . Selon des sources proches du dossier, il a été conduit au tribunal de Dschang où il se trouve actuellement en compagnie des gendarmes qui l'ont arrêté.
L'homme était en fuite depuis plusieurs jours après qu'un mandat d'amener a été émis contre lui le 15 juin 2026 . Dans la nuit précédant l'arrivée des gendarmes à la chefferie, il avait quitté Baloum, déguisé et escorté par plusieurs notables, direction Douala .
L'affaire remonte au 5 juin 2026 à Baloum. Deux jeunes hommes, Steve Achille, 25 ans, originaire de Balessing, et Borel Kamta, originaire de Baloum, sont accusés d'avoir volé des tôles .
Alertée, la population les interpelle. Steve est conduit à la chefferie où le chef supérieur est présent. Ligoté, roué de coups, le jeune homme est torturé devant le chef qui lui déclare de « faire ses dernières prières » . Malgré les supplications de son ami Borel, qui crie qu'il est innocent et propose de prendre sa place, la foule reste sourde.
Quelques heures plus tard, Steve est brûlé vif par ses bourreaux, à l'aide de pneus aspergés d'essence, à l'entrée du marché, au lieu-dit Tinkeng. Borel subit le même sort un peu plus tard .
Le certificat de genre de mort, signé le 10 juin 2026 par le chef de district de santé de Penka-Michel, est formel : Steve Diffo, né le 5 septembre 1993, est mort des suites de calcination .
Une plainte aux huit chefs d'accusation
Si la famille de Borel a choisi le silence « pour respecter la tradition », celle de Steve a refusé de baisser les bras . Une plainte a été déposée auprès du procureur de la République près les tribunaux de Dschang et de la gendarmerie de Penka-Michel . Les accusations sont lourdes :
Assassinat : le fait d'avoir donné ou laissé donner la mort avec préméditation
Complicité : le chef n'a pas empêché le crime alors qu'il en avait le pouvoir
Séquestration : Steve a été retenu prisonnier dans l'enceinte de la chefferie
Torture : les souffrances infligées avant le décès
Non-assistance à personne en danger
Destruction de preuves
Outrage à cadavre
Association de malfaiteurs
Une vidéo virale qui a fait exploser l'affaire
L'affaire, d'abord étouffée pendant une semaine, a explosé lorsque la scène du supplice, filmée par un témoin, est devenue virale sur les réseaux sociaux . Samedi 13 juin, la vidéo choque quelques groupes WhatsApp. Dimanche 14, elle insiste. Lundi, l'affaire explose enfin après la publication d'une vidéo parodiée par un reporter .
Alerté, le chef veut d'abord résister. On lui aurait alors conseillé de fuir : « Si les grands de Yaoundé ont été rattrapés par la justice, ce n'est pas toi qu'on va louper » .
Une affaire qui relance le débat sur l'impunité des chefs traditionnels
Ce drame révèle un système d'impunité locale qui semble protéger les chefs traditionnels, quels que soient leurs actes. Une source locale confie : « Ce n'est pas la première fois que ce chef fait brûler ses sujets. Et rien ne lui est jamais arrivé » .
La chambre nationale des experts criminels du Cameroun a condamné cet acte et appelé les autorités à faire toute la lumière sur les circonstances du drame .
Désormais arrêté, Noussi Pokam Charly Constant devra répondre de ses actes devant la justice. Pour la famille de Steve, le combat pour la justice ne fait que commencer .









