Yaoundé/Genève, 16 juin 2026
Il y a des images qui résument mieux qu'un long discours l'état réel du pouvoir. Celle-ci en est une : un avion médicalisé affrêté depuis l'Europe, stationné discrètement en Guinée Équatoriale pour ne pas attirer l'attention, puis transféré sur le tarmac de l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen — où il attend. Un jour. Deux jours. Trois jours. Quatre jours. Cinq jours. Sans son passager. Avant de repartir à vide. C'est ce que Jeune Afrique révèle en exclusivité dans son enquête du 16 juin 2026 sur le séjour médical de Paul Biya à Genève — et cette révélation dit, mieux que tout communiqué officiel, la complexité des décisions qui entourent l'état de santé du Chef de l'État camerounais.
Jeune Afrique reconstitue la logistique de ce transfert médical avec une précision qui dit l'ampleur de l'organisation mise en place après le malaise du 20 mai au Palais de l'Unité. Dès que la décision d'hospitaliser Paul Biya à Genève est prise, «un avion médicalisé est affrêté depuis l'Europe». Mais pour «préserver la discrétion», il ne vole pas directement vers Yaoundé. Il fait d'abord escale en Guinée Équatoriale — pays voisin, discret, habitué à servir de base arrière logistique pour les déplacements présidentiels camerounais. Un transit qui masque la nature médicale de l'appareil et évite que son arrivée directe à Nsimalen ne déclenche immédiatement des spéculations sur l'état de santé du président.
Une fois l'avion positionné à Yaoundé, il attend. «Cinq jours sur le tarmac de l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen, avant de repartir du Cameroun sans son passager de marque et patient», révèle Jeune Afrique. Cinq jours pendant lesquels quelque chose — ou quelqu'un — retenait Paul Biya au palais. Des dossiers politiques urgents que le journal liste : la Vice-Présidence toujours vacante, les nominations militaires, le Conseil Supérieur de la Magistrature. Des arbitrages que le Chef de l'État ne voulait pas laisser sans décision avant de quitter le sol camerounais pour une durée indéterminée.
L'avion finit par repartir à vide — sans son patient. «Paul Biya n'a quitté le pays que près de deux semaines plus tard», note Jeune Afrique — soit le 7 juin 2026, dix-huit jours après son malaise du 20 mai. Dix-huit jours pendant lesquels un homme dont les médecins réclamaient l'hospitalisation depuis «plusieurs semaines» a continué à gouverner depuis Yaoundé, avec un avion médicalisé attendant sur son tarmac comme une ambulance en faction.
Quand Paul Biya quitte enfin le Cameroun ce 7 juin en milieu de journée, la délégation est réduite à l'essentiel. Selon les révélations de Jeune Afrique : son épouse Chantal Biya, le vice-amiral Joseph Fouda et le directeur du cabinet civil Samuel Mvondo Ayolo. Quatre personnes. Pas de cortège, pas d'annonce officielle, pas de cérémonie d'au revoir. Le départ d'un chef d'État qui gouverne depuis 44 ans — dans la discrétion totale d'un transfert médical dont la gravité n'ose pas encore dire son nom.









