Il y a des entreprises qui se vendent parce qu'elles valent de l'or. Et il y a celles qui se vendent parce que leur actionnaire n'en peut plus de perdre de l'argent. Sosucam appartient à la seconde catégorie. Selon l'enquête exclusive de Jeune Afrique publiée ce 15 juin 2026, la Société Sucrière du Cameroun — 25 000 hectares de plantations, 6 000 employés, unique producteur national de sucre — a accumulé 37 milliards de FCFA de pertes en deux ans. Et la décision de Castel-Somdia de se retirer est d'abord celle d'un actionnaire qui a perdu confiance dans sa capacité à redresser une entreprise structurellement mal en point.
Jeune Afrique documente la trajectoire financière catastrophique de Sosucam avec une précision comptable accablante. En 2023, la société a essuyé des pertes de 15 milliards de FCFA. En 2024, elles ont bondi à 22 milliards. Soit 37 milliards en deux ans — une saignée qui a contraint les actionnaires à une recapitalisation d'urgence de 34 milliards de FCFA (51,8 millions d'euros). De l'argent frais injecté pour combler des pertes — sans garantie que le cycle ne se reproduise.
Pourtant, les chiffres de production ne sont pas catastrophiques en eux-mêmes : 86 000 tonnes de sucre produites en 2024 pour un chiffre d'affaires de 56,4 milliards de FCFA. Le problème est structurel : le marché camerounais consomme 400 000 tonnes par an. Sosucam n'en produit que 86 000. Le déficit de 314 000 tonnes est comblé par des importations — «encadrées par l'État mais donnant lieu à des flux illégaux», révèle Jeune Afrique. La contrebande du sucre est un cancer qui ronge la rentabilité de Sosucam depuis des années — et que ni l'État ni Castel n'ont réussi à éradiquer.
Jeune Afrique cite un analyste dont le diagnostic est d'une clarté désarmante sur les causes profondes de cette débâcle : «C'est la conséquence d'un retard pris depuis près de deux décennies sur les investissements, tant dans l'extension des plantations que dans le renouvellement de l'outil de production, alors que la croissance de la population était visible.» Vingt ans de sous-investissement dans une entreprise dont le marché potentiel augmentait mécaniquement avec la démographie — un pays qui est passé de 15 millions à 30 millions d'habitants pendant que les plantations de canne à sucre stagnaient.
Sosucam a investi 93 milliards de FCFA en 2019 dans un plan industriel. Puis un plan de relance a été adopté «il y a trois ans» avec l'objectif de «130 000 tonnes de production en 2027». Mais «les résultats ne sont pas au rendez-vous», constate sobrement Jeune Afrique. Une nouvelle unité de production de sucre en morceaux a été mise en service en avril à Nkoteng pour 2,5 milliards de FCFA — trop peu, trop tard face à un marché quatre fois supérieur à la capacité productive nationale.
C'est ici que Jeune Afrique place sa révélation la plus stratégiquement significative. L'État camerounais — déjà actionnaire à 7,02% de Sosucam — pourrait être tentré de racheter les parts de Castel-Somdia, portant sa participation à 95,38%. Une quasi-nationalisation qui s'inscrirait dans la logique observée par le journal : après les ports, les banques et l'énergie, le sucre ? «Inscrit depuis quelques années dans une logique de nationalisation de certains pans de son économie», l'État camerounais pourrait voir dans cette cession une opportunité de contrôler un bien de première nécessité — particulièrement sensible dans un pays où les prix des denrées alimentaires sont au cœur des revendications sociales.
Mais Jeune Afrique soulève l'obstacle immédiat : «Sans que la solution de financement soit identifiée.» L'État qui vient de débourser 129 milliards pour racheter la Société Générale Cameroun (devenue GBC), qui finance une Socadel renationalisée avec une dette de 500 milliards, et qui prépare un Vice-Président et un remaniement gouvernemental coûteux — a-t-il les moyens de nationaliser aussi Sosucam ? La réponse, implicite dans le questionnement de Jeune Afrique, est non. Mais l'appétit de contrôle, lui, est réel.









