Beaucoup de voix s’élèvent pour critiquer certains journalistes qu'elles accusent de favoriser la diffusion de discours tribalistes et discriminatoires sur les plateaux de télévision. Selon les tenants de cette position, en invitant régulièrement des intervenants connus pour leurs propos clivants sans les confronter aux faits ou à une véritable contradiction, ces professionnels des médias deviennent des acteurs de la division sociale plutôt que des garants du débat démocratique. Dans une réflexion, dont la rédaction de CamerounWeb vous propose ci-dessous l’intégralité, Christian Kombou estime que la recherche du buzz et de l'audience prend trop souvent le pas sur la responsabilité journalistique et la préservation de la cohésion nationale.
LES PYROMANES DU MICRO
C’est une scène devenue tristement banale sur nos plateaux de télévision. Un présentateur au sourire entendu, des projecteurs flatteurs, et en face, un habitué des sorties clivantes venu distiller, une fois de plus, son venin identitaire. Ce jour-là, l’invité s’en prend ouvertement à une communauté, maniant le sous-entendu grossier et la stigmatisation décomplexée. Et que fait le journaliste, garant du débat et de la déontologie ? Rien. Ou plutôt si : il relance, il sourit, il lèche le buzz naissant.
BIENVENUE DANS l’ÈRE DES JOURNALISTES PYROMANES.
Entendons-nous bien : le problème n’est plus seulement le provocateur de service – la bamiléképhobie ou le repli tribal ayant malheureusement toujours trouvé des bouches pour s’exprimer. Le véritable problème, c’est le passeur. C’est ce journaliste qui, sous prétexte de « donner la parole à toutes les sensibilités », transforme son émission en un déversoir de haine.
Pour se dédouaner, ces professionnels du micro brandissent une excuse bien commode : le pluralisme. « Nous ne faisons que poser des questions, ce sont les invités qui s'expriment », osent-ils avancer avec une fausse naïveté. Quelle hypocrisie ! Inviter de manière obsessionnelle des figures connues pour leur obsession ethnique, ce n’est pas informer, c'est cautionner. Ce n’est pas animer l'espace public, c'est l'asphyxier.
Le journalisme n’est pas un simple passe-plat. Un micro n'est pas une arme que l'on tend indifféremment au premier sniper venu en espérant qu'il tire dans la foule pour faire de l'audimat.
Lorsque la contradiction sur le plateau est inexistante, molle, ou complaisante, le journaliste abdique sa fonction première. Il ne cherche plus la vérité, il cherche le clash. Il ne construit pas l’opinion, il excite les bas instincts. La quête de la courbe d'audience a remplacé la quête de la cohésion sociale. On sacrifie le vivre-ensemble sur l’autel des clics, des partages et du buzz de fin de semaine.
Il est temps de rappeler à ces animateurs une vérité essentielle : on peut débattre de tout, mais pas avec n'importe qui, ni à n'importe quel prix. Quand la liberté d’expression devient le paravent de la discrimination et du tribalisme, le journaliste qui l’organise n’est plus un arbitre. Il devient le complice actif d'une fracture nationale.
En tendant le micro aux semeurs de haine sans jamais leur imposer la rigueur des faits, ces professionnels ne font pas vibrer la démocratie. Ils préparent, minute d'antenne après minute d'antenne, le bûcher de notre concorde. Et le jour où le feu prendra, il sera trop tard pour feindre l'innocence.
Christian Kombou









