Sur le plateau de Vision 4 dans l'émission Club d'Élites, Boney Philippe est monté au créneau pour défendre une ligne éditoriale que des pressions extérieures tentent manifestement de faire taire. Dans une déclaration sans détour, il a réaffirmé la position de la chaîne dans l'affaire Martinez Zogo — tout en pointant l'apparition d'un nouveau nom lors de la dernière audience du Tribunal Militaire de Yaoundé : celui de Modeste Mopa Fatoing, l'ancien directeur général des impôts du Cameroun, aujourd'hui en exil aux États-Unis.
«Une fébrilité de ceux qui ont construit une version depuis le départ»
Boney Philippe ne prend pas de gants. «Après notre émission de la semaine dernière consacrée à l'affaire Martinez Zogo, nous avons noté beaucoup d'agitation qui traduit quand même un tout petit peu la fébrilité de ceux qui ont construit une version depuis le départ de cette affaire — version incriminant le patron du groupe l'Anecdote», dit-il. Une agitation qui, loin de l'intimider, le conforte dans sa démarche : «Ils veulent nous interdire de nous réjouir de l'évolution des choses qui, jusqu'à présent, n'offrent toujours aucun indice de culpabilité de Jean-Pierre Amougou Belinga.»
Une position qui rappelle la tribune du politologue Vincent Sosthène Fouda, qui avait lui aussi — seul et publiquement — affirmé qu'«en l'état des faits, le doute profite à l'accusé» et que son «intime conviction» l'amenait à penser qu'**Amougou Belinga n'avait pas tué ni commandité le meurtre de Martinez Zogo»*. Deux voix qui défendent la même thèse — la présomption d'innocence — dans un pays où la pression de l'opinion tend à traiter l'accusation comme une condamnation.
Modeste Mopa : le nom que c'est la justice qui a mis au devant de la scène
Mais la révélation la plus significative de l'intervention de Boney Philippe concerne le passage de l'expert en cryptologie Georges Bell Bitjoka lors de la dernière audience. «Un nouveau nom est apparu dans le dossier : Modeste Mopa, ancien directeur général des impôts du Cameroun», révèle-t-il — avant d'insister sur un point crucial : «Ce n'est pas le groupe l'Anecdote qui l'a mis au devant de la scène, mais bien la justice camerounaise, le tribunal militaire.»
C'est en effet ce que Jeune Afrique avait révélé dans son enquête exclusive du 6 juin : le rapport d'expertise de Bell Bitjoka «fait état de contacts téléphoniques entre Modeste Mopa Fatoing et Justin Danwe» — le principal accusé du meurtre. Une connexion entre le directeur des impôts qui combattait le groupe Amougou Belinga et l'officier de la DGRE qui a organisé l'enlèvement de Martinez Zogo. Un triangle qui, selon Jeune Afrique, «dit la complexité d'un dossier dont les ramifications n'ont probablement pas encore toutes été explorées par les enquêteurs».
La conclusion de Boney Philippe est un engagement éditorial assumé : «Nous allons continuer de défendre cette thèse et continuer d'exiger des preuves incriminant Jean-Pierre Amougou Belinga.» Une posture journalistique qui, dans l'atmosphère électrique qui entoure ce procès depuis trois ans, demande un certain courage. Car défendre la présomption d'innocence d'un homme que l'opinion a largement condamné avant tout verdict, c'est s'exposer à des accusations de complaisance envers les puissants.
Mais c'est aussi rappeler une vérité fondamentale que la justice camerounaise — celle qui a laissé Emmanuel Leubou en prison huit ans pour avoir dénoncé une fraude, celle qui peine à rendre ses réquisitions dans l'affaire Leubou — doit entendre : une accusation, même répétée des milliers de fois sur les réseaux sociaux, ne vaut pas une preuve.









