C'est l'une des révélations les plus concrètes et les plus attendues de l'enquête exclusive que Jeune Afrique publie ce 3 juin 2026 sur les chantiers secrets du remaniement gouvernemental camerounais. Pendant que le pays spécule sur les noms, le journal, lui, révèle les portefeuilles — ceux qui seront créés, ceux qui seront fusionnés, ceux qui seront rebaptisés. Un organigramme gouvernemental en cours de refonte qui, s'il est adopté tel quel, changera visiblement la carte ministérielle camerounaise pour la première fois depuis des années.
Premier changement révélé par Jeune Afrique — et pas des moindres sur le plan symbolique : le ministère de la Justice deviendrait le «ministère de la Justice et des Droits de l'Homme». Une adjonction de quatre mots qui constitue, selon le journal, «un signal à l'attention de la communauté internationale, régulièrement critique sur la situation des droits humains dans le pays».
Le timing de cette révélation dit tout sur le contexte dans lequel elle s'inscrit. Le Cameroun est classé 133ème sur 180 au classement RSF 2026 de la liberté de la presse. Paul Biya y est qualifié de «prédateur de la liberté de la presse». Le procès Martinez Zogo se poursuit au Tribunal Militaire dans des conditions contestées. L'affaire Aba'a Oyono a mis en lumière des pratiques d'enlèvement et de torture par des agents d'État. Et les régions anglophones vivent depuis dix ans une crise dont les violations des droits humains ont été documentées par les Nations Unies et plusieurs ONG internationales.
Renommer le ministère de la Justice en y ajoutant «Droits de l'Homme» ne règle aucun de ces problèmes. Mais il envoie un signal aux partenaires occidentaux dont la coopération — financière, diplomatique, sécuritaire — est de plus en plus conditionnée à des avancées en matière de droits fondamentaux. Un habillage sémantique stratégique, dont Jeune Afrique note clairement qu'il est d'abord destiné à la galerie internationale.
Deuxième modification révélée par Jeune Afrique : le ministère du Contrôle Supérieur de l'État serait rebaptisé «ministère du Contrôle Supérieur de l'État et de la Transparence Publique». Même logique que pour la Justice : une adjonction terminologique — «Transparence Publique» — qui répond davantage aux injonctions des bailleurs de fonds internationaux qu'à une réforme substantielle des mécanismes de contrôle.
Dans un pays où Pascal Messanga Nyamding déclarait publiquement sur Vision4 que «70% de certains membres du gouvernement auraient perdu leur poste si on les limogeait au moindre scandale», où l'affaire AIGLES/SIMAC révèle des faux enregistrements de marchés à 1,4 milliard de FCFA, et où la visite papale a englouti 50 milliards de FCFA dans une opacité totale documentée par Jeune Afrique — ajouter «Transparence Publique» dans un intitulé ministériel risque de sonner creux sans réformes institutionnelles profondes pour le soutenir.
Troisième création révélée par Jeune Afrique : un ministère des Mines et des Hydrocarbures — fusionnant des compétences actuellement dispersées entre plusieurs structures. Une rationalisation qui dit la volonté de mieux coordonner la gestion des ressources naturelles du pays — pétrole, or, cobalt, bauxite — dans un contexte où les révélations du journal sur Wang Xiaoping et Meng Cheng Mining dans l'or de l'Est camerounais, ou sur la complexité de la SNH dans les mains du clan Moudiki, illustrent les défaillances de la gouvernance sectorielle actuelle.
Ce ministère fusionné sera également en première ligne pour gérer la délicate question des gisements pétroliers transfrontaliers avec le Nigeria — dont la Commission mixte bilatérale avait vu ses représentants camerounais préférer Dubaï à la réunion officielle, selon les révélations de Jeune Afrique.
Infrastructures Urbaines : un ministère né de la crise des villes
Quatrième création annoncée par Jeune Afrique : un ministère des Infrastructures Urbaines. Une création qui répond à une réalité que le pays ne peut plus ignorer. Yaoundé et Douala — deux villes de plusieurs millions d'habitants — souffrent d'un déficit chronique d'infrastructures : routes inachevées, réseaux d'eau défaillants, électricité peu fiable sous la gestion chaotique de la désormais Socadel rebaptisée «Société Camerounaise de Délestages» par les internautes. La route Feux Marché Madagascar–Entrée Cité Verte payée 590 millions de FCFA pour le passage du Pape et toujours inachevée au moment de sa visite — documentée en exclusivité par Jeune Afrique — est le symbole de ce déficit.
Femme, Famille et Équité : le genre dans l'organigramme
Cinquième portefeuille révélé par Jeune Afrique : un ministère dédié à la «Femme, à la Famille et à l'Équité». Une création qui dit la prise en compte — tardive mais réelle — des questions de genre dans l'architecture gouvernementale camerounaise. Dans un pays où les femmes représentent plus de 50% de la population mais où leur présence aux postes de décision reste structurellement faible, ce portefeuille envoie un signal — même si, là encore, tout dépendra des attributions réelles et du profil de la personnalité qui en sera chargée.
Sixième modification révélée par Jeune Afrique dans le secteur de l'éducation : un rapprochement envisagé entre le ministère de l'Enseignement Supérieur et celui de la Recherche Scientifique et de l'Innovation. Objectif : «renforcer les passerelles entre les universités et les centres de recherche, deux univers accusés d'évoluer en vase clos et de peiner à répondre aux besoins de l'économie nationale». Une fusion ou un rapprochement qui, si elle se concrétise, répondrait directement à la crise documentée par Jeune Afrique sur les docteurs sans emploi — ces «centaines de titulaires de doctorats» qui enseignent pendant des années dans les universités sans jamais être recrutés, pendant que les laboratoires restent sous-équipés et les financements quasi inexistants.
Pris ensemble, ces six portefeuilles nouveaux ou restructurés dessinent les contours d'un gouvernement qui entend répondre à trois défis simultanés : rassurer la communauté internationale sur les droits humains et la transparence, rationaliser la gestion des ressources naturelles et des infrastructures, et adresser les fractures sociales — jeunesse sans emploi, femmes marginalisées, villes en crise.
Mais Jeune Afrique rappelle que tout cela «doit encore être validé par Paul Biya». Et que rien, pour l'instant, ne garantit que ce gouvernement verra le jour dans les semaines qui viennent. La barbe de Souley Onohiolo est toujours là pour en témoigner.









