Actualités of Saturday, 23 May 2026

Source: www.camerounweb.com

Meka absent, Tchemo Hector aux commandes : Jeune Afrique révèle comment l'armée camerounaise gère une vacance au sommet

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Dans toute armée, la question de la continuité du commandement est une obsession — particulièrement dans un pays comme le Cameroun où l'appareil militaire est l'un des piliers fondamentaux du maintien au pouvoir d'un Chef de l'État âgé de 93 ans, affrontant simultanément une crise séparatiste dans les régions anglophones, des menaces de Boko Haram dans le Nord, et une période de recomposition institutionnelle inédite. C'est dans ce contexte que Jeune Afrique révèle en exclusivité comment l'absence prolongée du général René Claude Meka est gérée — et ce qu'elle dit de la fragilité croissante du dispositif sécuritaire de Paul Biya.

Tchemo Hector, le major général qui fait le travail depuis des mois
Jeune Afrique révèle que l'absence du général Meka n'est pas soudaine — elle s'inscrit dans une dégradation progressive de ses capacités qui a conduit, bien avant son hospitalisation, à une délégation de fait de ses fonctions. Selon le journal, «avant cette absence prolongée, René Claude Meka se faisait déjà régulièrement représenter par le Général de Division Tchemo Hector, Major Général à l'État-Major des Armées». Une habitude de représentation qui «avait déjà été observée lors de la présentation des vœux au ministre de la Défense Joseph Beti Assomo — une première».

Un chef d'État-major qui ne présentait plus lui-même les vœux de ses armées au ministre de tutelle — c'est un signal institutionnel fort que Jeune Afrique avait capté et que le 20 Mai a confirmé de manière éclatante. Tchemo Hector, dans l'ombre, assurait déjà la continuité opérationnelle du commandement. Et son journal précise que «son absence au Pentagone — nom donné au bâtiment abritant les bureaux du chef d'État-major au ministère de la Défense — ne devrait donc pas avoir un grand impact sur la continuité opérationnelle des activités militaires». Une continuité assurée — mais dans une configuration qui n'a jamais été officiellement annoncée, communiquée ou validée par une décision publique.


Au-delà de la continuité opérationnelle que Jeune Afrique juge préservée grâce à Tchemo Hector, le journal identifie ce que la vacance du chef d'État-major représente sur le plan symbolique et stratégique. «Elle demeure un biais pour le dispositif sécuritaire de Paul Biya, qui se voit pour le moment privé de l'un de ses rouages les plus symboliques», écrit le journal avec une franchise qui contraste avec le mutisme des autorités militaires.
Ce «rouage symbolique» qu'est le chef d'État-major n'est pas interchangeable sans coût. Meka incarnait une continuité institutionnelle de l'armée camerounaise — sa longévité au poste, sa formation à Saint-Cyr, ses liens personnels avec Paul Biya forgés sur des décennies. Le remplacer — même temporairement, même efficacement — par un officier qui n'a pas encore le même capital de légitimité symbolique crée un vide que les organigrammes ne comblent pas. Et dans un contexte où le Bataillon d'Intervention Rapide dénonce des détournements de primes, où des soldats passent par les réseaux sociaux pour exprimer leur détresse, et où la crise anglophone reprend de l'intensité après l'accalmie de la visite papale — l'absence du chef d'État-major est un mauvais signal au pire moment.


Jeune Afrique ne le dit pas explicitement, mais le parallèle s'impose à la lecture : René Claude Meka, 87 ans, rejoint une série de personnalités institutionnelles de l'ère Biya dont l'état de santé s'est dégradé au point de les tenir à l'écart de leurs fonctions — avant leur remplacement ou leur disparition. Marcel Niat Njifenji, évincé de la présidence du Sénat avant de décéder en avril. Cavayé Yéguié Djibril, écarté de l'Assemblée nationale en mars avant de mourir en mai. Et maintenant Meka — hospitalisé au CHUY, puis évacué en France, absent des répétitions et du défilé du 20 Mai.

Trois piliers du système Biya qui tombent en quelques mois. Une coïncidence démographique — ils ont tous plus de 80 ans — mais aussi le signal d'une recomposition générationnelle profonde au sommet de l'appareil d'État camerounais. À 93 ans, Paul Biya survit à ses propres piliers. Et chaque disparition — physique ou fonctionnelle — de l'un d'eux pose avec une acuité croissante la question que tout le monde pose mais que personne ne veut formuler officiellement : qui dirige vraiment le Cameroun en ce moment ?