Face au silence des autorités camerounaises, le « collectif des docteurs PhD sans emploi et indignés du Cameroun » a décidé de frapper un grand coup. Profitant de la visite apostolique du pape Léon XIV en avril 2026, ces chercheurs sans débouchés ont adressé une lettre au souverain pontife pour dénoncer l'opacité des recrutements et le favoritisme dans les universités camerounaises. Une stratégie inédite que Jeune Afrique a pu documenter.
L'information : Jeune Afrique révèle que le collectif des docteurs sans emploi du Cameroun a choisi une voie originale pour faire entendre sa détresse : le Vatican. Profitant de la visite du pape Léon XIV en avril 2026, les chercheurs ont adressé une lettre au souverain pontife, dénonçant les dérives du système universitaire camerounais.
Le contenu de la lettre : Selon des extraits obtenus par Jeune Afrique, les signataires y dénoncent « l'opacité des recrutements, marqués par une inégalité d'accès, des décisions aux justifications douteuses et des pratiques contraires à l'éthique universitaire ». Beaucoup rappellent avoir assuré pendant plusieurs années des charges d'enseignement dans les universités publiques, sans que leur candidature soit ensuite retenue.
Une stratégie de mobilisation inédite : Jeune Afrique retrace le parcours de ce collectif, né de l'accumulation des frustrations. Avant d'en recourir symboliquement au Vatican, le collectif avait saisi la présidence de la République, le ministère de l'Enseignement supérieur, ainsi que plusieurs autorités administratives régionales, sans obtenir de réponse jugée satisfaisante. La lettre au pape constitue donc un ultime recours pour attirer l'attention internationale.
Le symbole Nathan Ngueyep : L'enquête de Jeune Afrique montre que le cas du docteur vendeur de beignets à Dschang a cristallisé le mécontentement. Sa médiatisation a contraint son ancienne université à réagir publiquement, déclenchant un débat national sur la valeur du doctorat. « Un doctorat renvoie à une certaine dignité », a rappelé l'établissement, tout en estimant que vendre des beignets n'a rien de dégradant.
Les chiffres de la crise : Jeune Afrique a pu consulter les données sur les admissions en doctorat. Le ministre Jacques Fame Ndongo a limité à 600 le nombre de places de doctorants, alors qu'il y a des milliers de candidats. « Réduire le nombre des admissions ne règle rien, observe un enseignant-chercheur cité par l'enquête. Les 600 étudiants retenus entreront dans un système où les laboratoires restent sous-équipés et les financements inexistants. »
Un appel à la refondation : Le chercheur Brice Antoine Ahanda, cité par Jeune Afrique, résume le mal qui ronge le système universitaire camerounais : « clientélisme, fraude et gestion politique des carrières universitaires ». Un diagnostic sévère qui, selon le collectif, justifie pleinement leur démarche. L'issue de cette mobilination reste incertaine, mais la lettre au pape a au moins eu le mérite d'attirer l'attention sur un malaise profond.









