Issa Tchiroma Bakary a un signal. Et ce signal ne viendra pas des chancelleries occidentales, ni des partis d'opposition, ni des chefs traditionnels. Il viendra des motos — ces millions de deux-roues qui sillonnent les routes du Cameroun, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, portant sur leurs cadres et leurs carénages les messages que leurs propriétaires choisissent d'y inscrire. Dans son live TikTok qui a provoqué une onde de choc dans la communauté camerounaise en ligne, le candidat autoproclamé vainqueur de la présidentielle d'octobre 2025 a posé sa condition de retour avec une clarté désarmante : «Le jour où les Camerounais écriront sur toutes les motos qu'ils sont prêts, je rentrerai.»
Le hashtag #UnMbomprêt — «un Mbom prêt», en langue bamiléké — a immédiatement pris son envol sur les réseaux sociaux, mobilisant ses partisans autour de cet appel à l'affichage symbolique. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : Tchiroma ne demande pas de manifestations, pas de grèves, pas de barricades. Il demande une inscription. Un acte minimaliste, presque poétique, accessible à tous — qui deviendrait collectivement un baromètre visible de la mobilisation populaire.
La symbolique est forte. La moto au Cameroun, c'est le véhicule du peuple — celui des sous-quartiers, des marchés, des trajectoires quotidiennes. L'utiliser comme tableau d'affichage politique, c'est ancrer la contestation dans le quotidien des Camerounais ordinaires plutôt que dans les tribunes des intellectuels ou les communiqués des partis. C'est aussi — et Tchiroma le sait — une forme de résistance difficile à réprimer : comment arrêter des millions de motos pour ce qui ressemble à un simple autocollant ?
Mais cette condition est aussi une manière de repousser son retour sans date. Car qui décidera que «toutes les motos» portent ce message ? Qui validera le seuil à partir duquel la mobilisation sera suffisante ? Tchiroma pose un marqueur flottant — dont il garde seul le contrôle de l'interprétation. En attendant, il reste à Banjul. Et les Camerounais attendent, eux, de voir si un hashtag peut vraiment changer le cours d'une histoire politique.









