Actualités of Tuesday, 12 May 2026

Source: www.camerounweb.com

Après la mort d'Ekane : Jeune Afrique révèle la guerre intestine entre sa famille et son parti pour le contrôle de son héritage

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La mort d'un homme politique laisse toujours deux héritages en concurrence : celui de la famille et celui du parti. Pour Anicet Ekane, cette tension — savamment attisée par un pouvoir qui y voyait l'occasion de «l'enterrer» une seconde fois, cette fois symboliquement — a failli transformer ses funérailles en champ de bataille. C'est ce conflit intime et politique que Jeune Afrique documente en exclusivité dans son édition du 12 mai 2026, avec des révélations qui éclairent la complexité d'un deuil instrumentalisé.


Au cœur de la dispute entre le Manidem et une partie de la famille Ekane, il y a une question simple et douloureuse : à qui appartient un homme politique après sa mort ? Selon les révélations de Jeune Afrique, Anicet Ekane avait lui-même répondu à cette question — par anticipation — dans «plusieurs enregistrements» retrouvés après sa mort. Il y demandait que «la direction de la gestion de [s]on deuil appartien[ne] au parti», sa famille devant y avoir «un rôle secondaire».
Des dernières volontés claires, exprimées par un homme conscient que sa mort en détention serait politiquement sensible. Mais des dernières volontés que le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo n'a pas pleinement respectées, préférant désigner l'un des fils — Muna Ekane — comme organisateur principal, tout en décidant que «la dépouille ne devait pas être remise à la veuve». Une décision judiciaire qui, pour le Manidem, validait en creux l'ingérence du pouvoir dans la gestion d'un deuil qu'il avait tout intérêt à contrôler.


Face à ce qu'il percevait comme une dépossession orchestrée, le Manidem a fait un choix radical : boycotter les obsèques de son propre leader fondateur. Un acte d'une gravité symbolique considérable, qui dit l'ampleur du sentiment de trahison ressenti par les militants du parti. Le nouveau dirigeant Valentin Dongmo ne mâche pas ses mots dans les colonnes de Jeune Afrique : «Les bourreaux d'Ekane voulaient à tout prix empêcher qu'un hommage lui soit rendu à la hauteur du héros qu'il a été. Malheureusement, ils ne peuvent pas enterrer ses années de lutte ni son héritage.»

Le Manidem a également appelé ses alliés à l'imiter — notamment le MRC de Maurice Kamto — afin que l'absence de l'opposition politique soit lisible et assumée. Une posture cohérente, mais qui a eu pour effet de vider les obsèques de leurs figures politiques les plus emblématiques. Résultat : une cérémonie «marquée par des absences», avec la présence de quelques figures comme Joshua Osih du SDF, Alice Nkom porte-parole d'Issa Tchiroma, la journaliste Henriette Ekwe et l'entrepreneuse Rebecca Enonchong — mais sans la masse qu'un homme du calibre d'Ekane aurait dû rassembler.

Muna Ekane et l'appel à l'apaisement
Entre le marteau du Manidem et l'enclume du pouvoir, le fils désigné Muna Ekane a choisi la voie de l'apaisement. Jeune Afrique note qu'il a «tenté l'apaisement en invitant l'ensemble des Camerounais à rendre hommage à un ardent défenseur de la démocratie» — une posture que ses partisans saluent comme une dignité, et que ses adversaires dans le camp du Manidem perçoivent comme une concession faite au pouvoir.
Car l'enjeu dépasse les funérailles elles-mêmes. Jeune Afrique révèle que le pouvoir avait «fait passer un message» dès le retour de la dépouille : Ekane serait enterré «comme un citoyen ordinaire». En acceptant — même par souci d'apaisement familial — une cérémonie dépouillée de sa dimension politique, Muna Ekane a involontairement servi les intérêts d'un système qui voulait précisément réduire son père au silence définitif.


Jeune Afrique rappelle enfin ce qui donne à toute cette séquence sa dimension tragique : Anicet Ekane est mort en détention préventive après la présidentielle d'octobre 2025, «privé de son extracteur d'oxygène». L'enquête officielle a conclu à une «mort naturelle» — une conclusion que «son entourage continue de rejeter». En enterrant Ekane discrètement, sans tribune, sans foule, sans voix portée, le pouvoir espérait aussi enterrer ces questions. Mais elles restent posées — et elles le resteront longtemps.

«Ils ne peuvent pas enterrer ses années de lutte ni son héritage», a dit Valentin Dongmo. Il avait raison. Et Jeune Afrique, en racontant ce que les obsèques auraient dû être, contribue à faire en sorte que la mort d'Anicet Ekane ne reste pas sans réponse.