Interpellé par l'épouse du DG résidant en France, cet employé affirme que les caméras étaient régulièrement déconnectées par Thomas Owona Assoumou lui-même pour dissimuler ses rencontres privées à son domicile.
C’est une affaire digne d’un thriller financier qui fait jaser actuellement les salons huppés de la capitale Yaoundé. Le domicile de Thomas Owona Assoumou, directeur général des Aéroports du Cameroun (ADC), a été le théâtre d’un vol spectaculaire : un coffre-fort éventré et une valise contenant la somme vertigineuse de 400 millions de francs CFA se sont volatilisés.
Alors que les responsabilités ne sont pas encore établies au niveau des enquêtes, l’opinion apprend à travers les réseaux sociaux qu’un ancien employé, officiant comme maître d'hôtel à la résidence du DG à Nsam, a décidé de briser l'omerta en déposant une plainte formelle le mardi 5 mai 2026 auprès du directeur de la police judiciaire de Yaoundé.
Les accusations portées contre le haut commis de l'État sont gravissimes : séquestration arbitraire, dénonciation calomnieuse et arrestation illégale. D’après le plaignant, il aurait été retenu de force au domicile de son patron pendant deux jours (du 27 au 28 avril), avant d'être transféré sans aucun mandat légal au Groupement spécial d'opération (GSO), où il est resté détenu jusqu'au 1er mai.
Quatre jours de privation de liberté sur simple ordre privé, loin de toute procédure judiciaire classique. Le point le plus stupéfiant de la plainte qui circule sur la toile, concerne l'absence d'images de vidéosurveillance. Interpellé par l'épouse du DG résidant en France, le maître d'hôtel affirme avec une franchise désarmante que les caméras étaient régulièrement déconnectées par Thomas Owona Assoumou lui-même pour dissimuler ses rencontres privées à son domicile. Une déclaration délibérée qui visiblement empêche aujourd'hui d'identifier les auteurs du vol, mais qui jette une lumière crue sur les habitudes du patron des ADC.
Dans tous les cas, l'enquête suit son cours, notamment autour de la fuite suspecte de plusieurs employés. En effet, outre la dame Bikie Adèle Augustine, déjà signalée introuvable, la nounou de l'enfant du Dg a également pris la poudre d’escampette juste après le vol. Introuvable depuis les faits, téléphones éteints, dame Bikie Adèle Augustine n’aurait apparemment pas agi seule.
S'agit-il de coupables en fuite ou de témoins terrifiés par les méthodes de séquestration subies par leurs collègues ? Difficile à dire. Au-delà des faits de séquestration (réprimés par les articles 291 et 304 du Code pénal), cette affaire pose la question brûlante de la détention d'une telle somme en liquide dans une résidence privée. Le plaignant a saisi simultanément le Tribunal criminel spécial (TCS), la DGSN et la DGRE pour s'assurer que personne ne puisse étouffer ce dossier aux multiples tiroirs.
La justice saura-telle faire la part des choses entre le vol massif et les méthodes abusives reprochées au DG ? L'enquête judiciaire devra répondre à deux mystères : qui a pris l'argent, et surtout, d'où venait-il ? Plus que le montant colossal, c'est le délai de réaction qui sidère l'opinion publique : M. Owona Assoumou n'aurait constaté la disparition de ce petit trésor qu'une semaine après les faits. Une question brûlante brûle toutes les lèvres : comment peut-on mettre sept jours à remarquer l'absence de 400 millions ?
Pour beaucoup d’observateurs, cette "distraction" suggère que de telles sommes ne seraient que la partie visible d'un iceberg financier bien plus vaste. Aux commandes des ADC depuis 2009, Thomas Owona Assoumou n'en est pas à son premier orage. Entre convocations à la PJ, pour virements suspects en 2013 et rapports pointant des marchés douteux, sa longévité exceptionnelle à ce poste stratégique continue de soulever des interrogations sur le contrôle des gestionnaires de fortune publique au Cameroun. Affaire à suivre.









