Parmi les révélations les plus stupéfiantes de l'enquête exclusive de Jeune Afrique sur le réseau de Ferdinand Ngoh Ngoh, il en est une qui dépasse le cadre strictement camerounais : l'existence d'une filière israélienne solidement implantée au cœur du dispositif économique et sécuritaire du Secrétariat Général de la Présidence.
La figure centrale de ce réseau est Eran Moas — décrit par Jeune Afrique comme «insaisissable» — qui fut longtemps connu pour son rôle au sein de l'Alliance militaire israélienne au Cameroun et comme numéro deux du réseau sécuritaire israélien dont «l'arborescence remonte à son tout-puissant patron, l'ancien général Samy Mayer Heres». Mais ces dernières années, Moas a opéré une reconversion : il s'est imposé comme acteur économique, développant «un vaste empire (sécurité, tourisme, télécommunications) avec le soutien de Ferdinand Ngoh Ngoh, qu'il appelle affectueusement «mon frère»».
La galaxie israélienne compte plusieurs figures révélées par Jeune Afrique. David Cohen, spécialisé dans le «négoce de matériel militaire et de logiciels de sécurité». Tsafir Tzvi, dirigeant de PortSec SA, adjudicataire de marchés dans les ports de Douala et de Kribi. Ido Alalouf, dont l'entreprise Enviro a remporté plusieurs marchés de construction — dont celui du «Centre de désarmement et de réintégration des combattants séparatistes de Tiko» dans le Sud-Ouest. Et Airport Security Unit, supervisée par Moas, qui a décroché plusieurs marchés de sécurisation des plateformes aéroportuaires camerounaises.
Ce réseau israélien, révèle Jeune Afrique, opère dans des domaines aussi stratégiques que la construction de «panic rooms» (bunkers individuels), la fourniture de «matériels militaires et de logiciels d'espionnage», les activités dans le BTP, la logistique portuaire et la sécurité privée. Un empire tentaculaire, discret, et solidement ancré dans les marchés publics camerounais — grâce à la protection directe du premier collaborateur de Paul Biya.









