Il y a des formes de protestation qui ne ressemblent à aucune autre. Celle de Souley Onohiolo, journaliste au quotidien camerounais Le Messager fort de 30 ans de carrière, est de celles-là. Depuis le 6 novembre 2025 — date de la prestation de serment de Paul Biya pour son huitième mandat — cet homme n'a plus laissé passer le moindre instrument tranchant sur son crâne ni sur son visage. Résultat : une barbe blanche imposante qui couvre désormais presque tout son visage, au point que «sa bouche devient à peine visible». Et Radio France Internationale (RFI) lui a consacré un article ce 8 mai 2026 — propulsant ce défi personnel sur la scène médiatique internationale.
Le principe est simple, le message limpide : Souley Onohiolo ne se rasera pas tant que Paul Biya n'aura pas procédé à un remaniement gouvernemental. Un pari lancé contre lui-même à l'automne 2025, dans la conviction que le Chef de l'État allait rapidement renouveler son équipe après sa réélection. «Je me disais qu'un président de la République ne peut pas faire trois sorties pour dire la même chose et puis ne rien faire», confie-t-il à RFI avec une pointe de désabusement dans la voix. Mais les semaines ont passé. Puis les mois. Et la barbe a poussé — imperturbablement — pendant que le gouvernement, lui, restait en place.
«Tout cela fait en sorte que le challenge devient de plus en plus grand», reconnaît-il avec l'humour résigné de celui qui voit son pari lui échapper. Car au fil des semaines, ce qui devait être un geste symbolique de quelques jours est devenu une déclaration politique involontairement éloquente : chaque centimètre de barbe supplémentaire est un jour de plus sans remaniement, un jour de plus avec les mêmes ministres que les Camerounais veulent voir partir.
Souley Onohiolo garde néanmoins un espoir concret : se rendre chez le barbier avant le 20 mai 2026, date du défilé de la Fête Nationale. «Va-t-il d'ici là se présenter avec un nouveau gouvernement ?», s'interroge-t-il en regardant la date approcher. Une question que des millions de Camerounais se posent — mais que lui seul a traduit en acte capillaire visible et mesurable. Si le 20 mai passe sans remaniement, la barbe continuera de pousser. Et avec elle, ce témoignage silencieux mais bruyant d'une impatience nationale que ni les communiqués officiels ni les promesses présidentielles ne parviennent à apaiser.









