Actualités of Wednesday, 6 May 2026

Source: www.camerounweb.com

Socadel : Jeune Afrique dévoile les dessous d'une renationalisation à haut risque politique et financier

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Quand Paul Biya signe le décret du 4 mai 2026 transformant Eneo en Société Camerounaise d'Électricité (Socadel), il ne fait pas que changer un nom sur une enseigne. Il récupère entre les mains de l'État camerounais une entreprise dont la situation financière est, selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, critique au point de menacer la viabilité même du secteur énergétique national. Et il le fait dans un contexte politique — recomposition institutionnelle, nomination imminente d'un Vice-Président, remaniement gouvernemental pressenti — où chaque décision économique sera lue comme un signal politique.


Pour comprendre la portée de cette renationalisation, Jeune Afrique replace le mouvement dans son contexte. L'État camerounais, qui détenait déjà une part dans Eneo, a racheté les 51% de parts du fonds d'investissement britannique Actis le 19 novembre 2025 — portant sa participation à 95% du capital. Un retour dans le giron public qui traduit l'échec du modèle de gestion privée à résoudre les problèmes structurels du secteur : coupures chroniques, investissements insuffisants, déséquilibre tarifaire, dette accumulée.

Mais ce retour de l'État soulève une question fondamentale que Jeune Afrique pose sans détour : si la gestion privée a échoué à équilibrer les comptes d'Eneo, pourquoi la gestion publique réussirait-elle là où le privé a failli — surtout quand c'est précisément l'État qui, en bloquant les tarifs pendant 14 ans, a contribué à creuser le déséquilibre financier de l'entreprise ?


La nomination d'Antoine Louis Ntsimi à la présidence du conseil d'administration de la Socadel est présentée par Jeune Afrique comme un choix direct du Chef de l'État. Mais le journal ne manque pas de noter, en une phrase qui pèse, que «son mandat à la tête de la commission de la CEMAC a été entaché par un scandale». Un ancien ministre des Finances camerounais dont le dernier poste régional a laissé des traces — voilà l'homme que Paul Biya choisit pour présider la nouvelle entité appelée à redresser le secteur électrique du pays.
Ce choix dit quelque chose sur la logique de gouvernance qui prévaut à Yaoundé : la loyauté au système prime sur le bilan. Et dans le cas de la Socadel, où les défis sont colossaux et les scrutins des bailleurs de fonds internationaux seront serrés, la désignation de Ntsimi pourrait compliquer les négociations avec des partenaires financiers particulièrement attentifs aux profils des dirigeants.


Jeune Afrique révèle que derrière la stratégie de redressement de la Socadel se trouve un acteur dont le rôle sera déterminant : la Banque Mondiale. La stratégie de redressement du secteur de l'électricité avait été «validée il y a trois ans avec l'assentiment et l'accompagnement de la Banque mondiale». Et la hausse des tarifs d'électricité — inévitable selon le journal — est précisément conditionnée par la nécessité de «donner des signaux positifs aux institutions financières» pour que les «bailleurs de fonds libèrent les ressources dont l'énergéticien a besoin».

Cette dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux place la Socadel dans une position inconfortable : pour survivre financièrement, elle devra accepter des conditions — hausse tarifaire, restructuration, transparence de gestion — que l'État camerounais a précisément refusées pendant des années pour des raisons politiques intérieures. La renationalisation ne libère pas la Socadel de la contrainte des bailleurs. Elle l'y soumet directement, sans l'écran du partenaire privé comme intermédiaire.

«Société Camerounaise de Délestages» : le verdict populaire
Jeune Afrique conclut son analyse en reprenant avec une ironie bien dosée le surnom que les Camerounais ont immédiatement collé à la Socadel sur les réseaux sociaux. Cette «Société Camerounaise de Délestages» née dans l'imagination populaire dit, mieux que tout bilan financier, l'ampleur de la défiance des consommateurs envers une institution qui leur a promis la lumière — et leur a fourni l'obscurité.

Changer le nom ne changera pas les lignes à haute tension vétustes, les centrales sous-entretenues, la dette qui s'accumule ou les coupures qui continuent. Ce qui changera les choses, c'est la somme des décisions difficiles — hausse des tarifs, restructuration de la dette, retrait des partenaires défaillants — que le nouveau management de la Socadel aura le courage ou non de prendre. L'État camerounais en est à la fois l'actionnaire majoritaire et le premier obstacle. Ce paradoxe-là, aucun décret présidentiel ne peut le résoudre.