En Afrique l’on assiste à la succession dynastique, où plusieurs chefs d’État préparent leur remplacement par leurs fils, souvent au détriment des principes démocratiques. Des exemples comme Mahamat Déby au Tchad, Ali Bongo au Gabon ou encore Joseph Kabila en RDC illustrent cette pratique. Au Cameroun, cette question refait surface avec le long règne de Paul Biya et la possibilité désormais ouverte de nommer un vice-président. Cette évolution alimente les spéculations sur une éventuelle succession en faveur de son fils Franck Biya. La journaliste Angie Forbin souligne ainsi les inquiétudes liées à une transmission du pouvoir au sein d’une même famille, perçue par certains comme une menace pour la démocratie, et pose la question de l’acceptation d’un tel scénario par les populations.
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Depuis plusieurs décennies, de nombreux chefs d’État africains sont accusés de préparer leur succession au profit de leurs proches, souvent leurs fils. Promotions accélérées aux postes stratégiques ou nominations à de hautes fonctions gouvernementales sont régulièrement utilisées pour désigner des héritiers officieux avant toute transition formelle.
De l’Afrique de l’Est à l’Afrique centrale et occidentale, la transmission du pouvoir de père en fils s’est imposée dans plusieurs pays, parfois au détriment des processus démocratiques. Les dirigeants invoquent la stabilité politique ou la continuité économique, mais les détracteurs dénoncent une concentration durable du pouvoir au sein de quelques familles.
Au Tchad, Mahamat Déby Itno a pris le pouvoir en 2021 après la mort de son père, le président Idriss Déby, tué lors de combats contre des rebelles. L’armée a dissous les institutions civiles et installé le fils comme président de la transition, une décision critiquée comme une succession dynastique. À 37 ans, Mahamat Déby, alors général quatre étoiles, est devenu chef de l’État.
Au Gabon, Ali Bongo a succédé à son père, Omar Bongo, décédé après 41 ans à la tête du pays. Longtemps ministre de la Défense, il était considéré comme l’héritier désigné du régime.
En République démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001, a été remplacé par son fils Joseph, resté au pouvoir jusqu’en 2019.
Des situations similaires ont été observées ailleurs sur le continent, notamment au Kenya avec la famille Kenyatta, au Togo avec les Gnassingbé, ou encore au Botswana avec les Khama.
En Guinée équatoriale, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est au pouvoir depuis plus de quarante ans et ne laisse entrevoir aucune volonté de retrait.
Son fils, Teodorín Obiang, actuel vice-président, est largement perçu comme son successeur naturel.
Le Cameroun se trouve également à un moment charnière. Le président Paul Biya, en fonction depuis 43 ans, figure parmi les chefs d’État les plus âgés au monde. Longtemps vague sur la question de sa succession, il a récemment suscité des interrogations après sa promulgation d’une nouvelle loi lui permettant de nommer un vice-président, jugée anticonstitutionnelle par plusieurs acteurs politiques.
Ces évolutions ont ravivé les spéculations sur une éventuelle transition dynastique au profit de son fils aîné, Franck Biya, un homme discret âgé de 55 ans qui semble désormais s’intéresser au fauteuil de son père. Reste à savoir si le chef de l’État franchira ce pas et si les Camerounais accepteront une telle continuité au sommet de l’État.
Angie Forbin









