Six ans après la mort de Victor Fotso à Paris en mars 2020, la bataille pour le contrôle de l'un des plus grands patrimoines du Cameroun n'est toujours pas terminée. Et Jeune Afrique, dans une enquête exclusive publiée ce 29 avril 2026, révèle un nouveau front dans cette guerre d'héritage aussi complexe que révélatrice des rapports de force au sein de l'aristocratie bamiléké : une dette de 100 millions de FCFA contractée par le patriarche deux mois avant sa mort, devenue aujourd'hui l'arme secrète d'une rivalité personnelle et politique entre Laure Toukam Fotso et le député Albert Kouinche, patron du groupe Express Union Finance.
Le non-lieu : une victoire qui en appelle d'autres
Avant de plonger dans le cœur du dossier financier, Jeune Afrique rappelle le contexte dans lequel s'inscrit cette affaire. Le 26 février 2026, le Tribunal de Grande Instance (TGI) du département de la Mifi a rendu un non-lieu dans l'une des procédures engagées contre Laure Toukam Fotso par certains de ses frères, qui contestaient l'authenticité du testament désignant leur sœur comme administratrice des biens de leur père. La justice leur a donné tort. Laure Toukam Fotso sort de cette étape judiciaire «renforcée dans son combat pour le contrôle de la succession», note le journal.
Mais ce non-lieu n'est qu'une bataille dans une guerre qui se déroule sur plusieurs fronts simultanés. Jeune Afrique recense les procédures en cours : une affaire devant le TGI du Koung-Khi, deux portant sur le testament devant les TGI du Wouri et de la Mifi, une quatrième concernant la direction de la société immobilière SCI FOV pendante à Bonanjo — sans oublier une procédure de divorce initiée par l'ancien footballeur international Geremi Njitap. Un calendrier judiciaire d'une densité qui donne le vertige.
Janvier 2020 : Victor Fotso emprunte 100 millions et meurt deux mois plus tard
Au cœur du conflit avec Kouinche, Jeune Afrique révèle une séquence d'une précision narrative saisissante. En janvier 2020, comme il en avait l'habitude entre hommes d'affaires du cercle de Bandjoun, Victor Fotso sollicite auprès d'Express Union Finance une facilité de décaissement de 100 millions de FCFA — soit environ 150 000 euros. L'opération est garantie par le réseau des entrepreneurs de Bandjoun dont les deux hommes font partie. Le remboursement est prévu sur six mois.
Mais deux mois jour pour jour après avoir retiré la totalité des fonds, Victor Fotso décède. La dette reste entière. Les responsables d'Express Union Finance prennent contact avec la famille — et notamment avec Laure Toukam Fotso, alors considérée selon Jeune Afrique comme «la canne» de l'industriel. Malgré des «relances multiples», l'entreprise se heurte au mutisme total de l'administratrice. Une situation qui a conduit la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale à constater officiellement l'existence de cette créance non remboursée dans les délais — signal d'alarme réglementaire qui oblige désormais Express Union Finance à agir.
Face à l'inertie de Laure Toukam Fotso, les responsables d'Express Union Finance ont saisi le juge séquestre de la Cour d'Appel de l'Ouest pour procéder à une saisie des avoirs administrés. Mais là encore, une révélation de Jeune Afrique éclaire d'une lumière crue les dysfonctionnements du système judiciaire camerounais : «Les responsables de la juridiction, qui redoutent d'éventuelles conséquences politiques, se gardent depuis des mois de faire avancer le dossier.»
Des juges qui ont peur des «conséquences politiques» d'une décision de justice dans une affaire commerciale — voilà qui dit tout sur la nature réelle de ce conflit. Laure Toukam Fotso n'est pas seulement une héritière en procès. Elle est devenue une puissance politique qui fait craindre les magistrats eux-mêmes.









