Actualités of Tuesday, 28 April 2026

Source: www.camerounweb.com

SCANDALE: Visite papale : Jeune Afrique révèle comment 50 milliards de FCFA ont été engloutis dans l'opacité

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Le Pape est parti. Son message sur la corruption résonne encore dans les mémoires. Et pendant que les Camerounais méditent ses paroles, Jeune Afrique publie ce 28 avril une enquête exclusive qui donne au paradoxe toute sa dimension : la visite de Léon XIV au Cameroun — celle-là même au cours de laquelle le Souverain Pontife appelait à «briser les chaînes de la corruption» — aurait elle-même été entourée de zones d'ombre financières d'une ampleur vertigineuse. Le coût total du séjour papal est estimé par Jeune Afrique à 50 milliards de francs CFA — soit 76 millions d'euros. Un chiffre qui, mis en regard du budget initial, dit tout sur la manière dont les deniers publics sont gérés au Cameroun lorsque l'urgence et le prestige servent de paravent.

De 1 milliard à 50 milliards : une dérive budgétaire sans précédent
Le chiffre initial était déjà conséquent. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, la visite avait été initialement évaluée à 1 milliard de FCFA — soit 1,5 million d'euros — pour couvrir les exigences protocolaires, la sécurité, les déplacements officiels et l'organisation ecclésiale. Un budget raisonnable pour un événement de cette nature. Mais la facture finale serait cinquante fois supérieure, atteignant les 50 milliards de FCFA.
Comment expliquer une telle inflation ? Jeune Afrique détaille méticuleusement les mécanismes qui ont produit ce glissement : «aménagements urbains de dernière minute, renforcement des mesures de sécurité, accueil logistique des délégations, accélération dans l'attribution des marchés, réaffectations budgétaires et interventions parallèles engagées par plusieurs administrations sans direction financière centralisée et clairement identifiable». En d'autres termes : pas de pilote dans l'avion, des dépenses décidées dans l'urgence par des administrations concurrentes, et une opacité totale sur les circuits financiers réels.


Parmi les cas documentés par Jeune Afrique, l'affaire du marché de réhabilitation de l'axe routier Feux Marché Madagascar–Entrée Cité Verte — itinéraire retenu pour le passage du cortège pontifical — illustre parfaitement le chaos organisationnel. Ce marché de 590 millions de FCFA avait été attribué en juillet 2025 par la Communauté Urbaine de Yaoundé à l'entreprise Ceneg-Cam SARL, pour une durée de six mois. En février 2026, soit plus de sept mois après l'attribution, le chantier n'était toujours pas terminé.

Le 17 mars, le maire de Yaoundé Luc Messi Atangana avait accordé une prolongation exceptionnelle de deux mois. Mais selon les révélations de Jeune Afrique, une confrontation ouverte avait alors éclaté sur le terrain : la ministre de l'Habitat Célestine Ketcha Courtès avait tenté de faire intervenir en urgence une autre société, Arab Contractors, déclenchant «une confrontation avec la première entreprise et avec des agents municipaux sur le terrain». Résultat : plusieurs portions de l'axe routier restaient inachevées au moment même du passage du cortège papal. Le Pape a donc roulé sur une route à moitié refaite — payée 590 millions de FCFA sur fonds publics.

1,5 kg d'or pour le Pape : la dépense qui a créé la polémique
La révélation la plus surprenante de l'enquête de Jeune Afrique concerne un cadeau destiné au Souverain Pontife. Le 27 mars, Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire Général de la Présidence, saisit la Sonamines pour mettre à disposition 1,5 kg d'or destinés à la confection de cadeaux pour le Pape. Le 1er avril, le ministre des Finances Louis Paul Motaze autorise la mise à disposition de 1 kg d'or raffiné de 24 carats, complété par 500 grammes prélevés sur le stock de «l'impôt synthétique minier libératoire».


Cette révélation, une fois diffusée sur les réseaux sociaux, a «créé la polémique», note Jeune Afrique. Prélever de l'or — une ressource appartenant à l'État et donc au peuple camerounais — sur des stocks fiscaux pour fabriquer des cadeaux présidentiels destinés à une visite d'État, c'est une pratique dont la légalité mérite d'être questionnée. La polémique a été telle que, selon les informations exclusives du journal, «un audit aurait été diligenté, en interne, afin de déterminer la destination réelle de ces richesses aurifères». Une phrase sibylline qui suggère que personne n'est certain que l'or est bien arrivé là où il devait aller.