Plusieurs langues se délient depuis des jours sur une histoire de transaction financière autour de l'investiture de Maurice Kamto à la présidentielle de 2025. Dans un premier temps, l'on prétend que le livre de Déukam Tchameni intitulé « Anicet Ekane, mon compagnon de lutte », évoque l'affaire. Dans un second temps, c'est le président du Front des démocrates camerounais (Fdc) qui soutient que le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) lui aurait proposé la bagatelle de 100 millions de Fcfa pour obtenir l'investiture de son parti. Dans ce flot d'accusations, l'honorable Jean Michel Nintcheu martèle quant à lui, qu'aucune négociation financière n'a eu lieu entre M. Kamto et M. Ekane. Un communiqué du Mrc publié le 21 avril 2026, dénonce "mensonge" et "fake news". Selon le parti de Kamto, c'est plutôt le responsable du Fdc qui aurait sollicité une rencontre et exigé 500 millions Fcfa en échange d'une investiture. Une telle affaire si elle est vraie, jette une lumière crue sur le voile blanc enveloppant la réputation sur l'éthique et la morale de Maurice Kamto. Peut-il aussi être habité par une telle tentation pour atteindre ses objectifs politiques ? Toujours est-il que Denis Emilien Atangana ne dit pas pourquoi il apporte ce témoignage actuellement, ce d'autant plus que ce texte en quelques sortes l'incrimine lui-même, lui qui dit avoir "jugé le montant insuffisant". Autrement, il aurait pris bien plus si meilleure offre lui avait été offerte. Est-il en train de nous dire que le candidat que le Front démocrate a investi aurait fait meilleure offre ? Et pendant qu'on y est, c'est Emmanuel Simh qui l'accuse aujourd'hui de détournement. Le vice-président du Mrc parle de faits qui seraient survenus en 2013.
Rassemblé par Serge Ekoumou
ACCUSATION
Les langues se délient
Le président national du Mrc a-t-il obtenu une investiture auprès du feu Anicet Ekane en contrepartie d'un paiement ? Quel en serait le montant exact ? Les positions divergent sur cette affaire qui tient en haleine le monde politique au Cameroun. Alors qu'aucune source fiable ne permet, pour l'instant, de le déterminer avec précision, le livre de Déukam Tchameni intitulé « Anicet Ekane, mon compagnon de lutte », semble donner quelques informations sur l'investiture de Maurice Kamto. Selon une version, non vérifiée, il aurait proposé une somme d'argent pour obtenir l'investiture du Namidem lors de la présidentielle du 12 octobre 2025. En réaction, l'honorable Jean-Michel Nintcheu, allié du Pr Maurice Kamto pour la présidentielle 2025, a réagi sur sa page Facebook, le 20 avril 2026. Traitant Déukam Tchameni d'affabulateur, le député du Wouri affirme qu'aucune négociation financière n'a été engagée ni par l'Alliance pour le changement (Apc), ni par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), ni par Maurice Kamto pour obtenir le soutien d'un parti politique. Selon lui, la désignation de l'ex ministre délégué comme candidat du Namidem reposait uniquement sur un accord politique, librement accepté par Anicet Ekane et son parti. Dans sa déclaration, Nintcheu dénonce également ce qu'il qualifie de « littérature du mensonge politique » visant à discréditer M. Kamto et le Mrc, dans un contexte post-électoral tendu. Après la sortie de l'honorable Nintcheu qui nie des transactions financières, Déukam Tchameni rétorque en soutenant que le passage en question est pourtant introuvable dans le livre. Ce qui est dit en page 81 est ce qui suit « Anicet Ekane lui a pris une position de principe respectable : le Namidem ne vous demande aucune forme de compensation financière ». Dans ce flot d'accusations, l'opinion aura droit à une autre sorte : celle de Denis Emilien Atangana qui semble confirmer la transmission. Le président du Front des démocrates camerounais (Fdc) prétend avoir reçu une proposition de 100 millions de francs du patron du Mrc pour porter sa candidature et dit l'avoir rejetée. M. Atangana accuse Anicet Ekane d'avoir pris de l'argent pour le faire avec le Namidem. « Dans la résidence de SM Biloo Eeffa, Maurice Kamto et moi avions échangé sur les modalités de son investiture par le Fdc. C'était alors un dimanche vers 18 heures. Maurice Kamto qui voulait absolument se porter candidat à cette élection présidentielle avait alors proposé 100 millions au Fdc. J'avais jugé ce montant insuffisant. Pour obtenir l'investiture du Namidem, il n'y a aucun doute que Maurice Kamto avait versé de l'argent à feu Anicet Ekane. Pour ses problèmes de santé, le feu Anicet Ekane avait besoin d'argent. Le reste qu'on veut fabriquer, n'est que du pur mensonge et la manifestation de la mauvaise foi », affirme Dénis Emilien Atangana. La réplique du Mrc ne s'est pas fait attendre. Par la voix de son premier vice-président, Mamadou Mota, le parti de Maurice Kamto a choisi l'ironie dévastatrice comme bouclier. Dans une sortie virale sur Facebook, Mota inverse la charge : c'est Atangana qui, « autour d'un soya », aurait réclamé 500 millions de Fcfa pour son ralliement. « Denis peut refuser 100 millions ? », raille le leader du Mrc, dépeignant son adversaire en marchand d'illusions. Dans la même veine, dans un communiqué publié le 21 avril, le Mrc réfute les allégations du conseiller municipal de Monatélé, concernant une tentative d'achat d'investiture par Maurice Kamto. Le parti parle de "mensonge" et de "fake news". Selon le Mrc, c'est plutôt le responsable du Fdc qui aurait sollicité une rencontre et exigé 500 millions Fcfa en échange d'une investiture. Pour cette formation politique, le président Kamto, qui connaît le personnage, n'en voulait pas. Par pur respect pour son conseiller, il accepta la rencontre, qui eut lieu au domicile de M. Biloa Effa. Là, précise la note du Sga n°1 Roger Justin Noah, le président du Fdc a dévoilé son vrai visage : celui d'un marchand d'influence. Le Mrc assure que son leader a rejeté toute négociation financière, réaffirmant son refus de toute "corruption politique".
OBJECTION
Financement occulte
Les manuscrits du livre de Déukam Tchameni ont été confectionnés en l'absence de bibliothèque et sans accès au téléphone et à Internet. Il a fait usage principalement de sa mémoire pour relater les faits. Le but du livre, selon l'auteur, est de rendre hommage à son ami, camarade de lutte, et compagnon d'infortune, qu'il a rencontré pour la première fois en février 1990 à la Brigade Mixte Mobile (BM), où ils étaient tous deux prisonniers politiques et qui décède le 1er décembre 2025, alors qu'ils sont tous les deux en détention arbitraire au Secrétariat d'État à la Défense (SED). Le livre raconte, pour les présentes et futures générations, les actions politiques qu'ils ont menées ensemble pendant près de 40 ans dans le cadre de la lutte pour un Cameroun meilleur. Il ne s'agit donc pas d'une biographie mais d'un récit centré sur deux amis, deux complices, deux révolutionnaires. L'auteur confie qu'il était parfaitement au courant de toutes les tractations entre Kamto et Anicet Ekane, car il se trouve que Monthé et Kwemo sont ses beaux-frères. « Et Anicet est mon ami et complice politique. Les négociations avec les deux autres partis ont buté sur des questions d'argent. Malgré les propositions financières de Kamto et de Nintcheu, Anicet a pris une respectable position de principe. Le Namidem ne vous demande aucune forme de compensation financière », rapporte-t-il dans le livre.
(Page 11 – Suite de l'article)
Titres : Transaction / Deals politiques / Abdication / Secret d'une démission / Joute épistolaire
Contenu :
Pour Armand Noutack II, si le président national du Fdc avait simplement dit "j'ai refusé l'argent", on aurait compris, ou simplement "j'ai refusé de l'investir pour des raisons de cohérence politique", on aurait applaudi. Mais dire qu'il a refusé d'investir Kamto parce qu'il trouvait le montant insuffisant est l'aveu qu'il est potentiellement corruptible, car si le montant était bon, il aurait accepté et l'opinion publique n'aurait jamais été au courant de la transaction. Si le montant était bon, il aurait donc investi un type venu de nulle part, au mépris de l'idéologie de son parti, au mépris de toute ligne éditoriale. « Ta sortie est catastrophique pour un homme politique et trahit ta profonde immaturité politique, sais-tu combien de "deals Politiques" se tissent pour tel ou tel objectif à l'insu de l'opinion publique ? Après cette terrible sortie de piste, qui osera encore s'asseoir autour d'une table avec toi pour une quelconque négociation politique ? Quel est ce politicien avec qui on doit faire une négociation et venir lire les différents axes de ladite négociation sur Facebook ? Si ta sortie visait à salir Maurice Kamto, alors saches que c'est un boomerang qui te revient finalement en pleine figure », écrit Noutack II. Dans tous les cas, dans les milieux politiques, cette nouvelle polémique illustre les divisions persistantes au sein de la classe politique camerounaise, où les récits autour de la dernière élection présidentielle continuent de s'opposer. Au-delà de la joute verbale, c'est l'histoire même de l'alliance entre le Mrc et le Manidem qui est attaquée. Denis Atangana s'en prend frontalement au récit fondateur de cette union. Alors que Maurice Kamto a toujours présenté son investiture par le Manidem comme un acte patriotique scellé pour un franc symbolique, le conseiller municipal l'assure : des millions auraient circulé. Cette accusation résonne douloureusement alors que Georges Anicet Ekane, figure tutélaire du Manidem et signataire de cet accord, est décédé en détention en décembre dernier. En l'absence de ce témoin clé, la parole d'Atangana tente de transformer un geste de résistance politique en une transaction mercantile, écorchant au passage l'image de « pureté » que le parti de Kamto s'efforce de maintenir. L'opinion attend donc certainement un débat houleux concernant cette autre actualité qui va certainement faire couler beaucoup de salive...
ABDICATION
Le livre de Djeukam Tchameni nous donne quelques révélations sur la démission du leader du Mrc après son échec à la candidature de l'élection présidentielle 2025.
Pour lui, « Anicet Ekané avait pris le temps de lui expliquer (à Maurice Kamto) que Bello Bouba qui est d'ailleurs le voisin de Kamto au quartier Santa Barbara à Yaoundé n'avait pas rompu clairement avec le Rdpc. Son domicile continuait d'être gardé par le Bir et deux de ses militants étaient encore en poste dans le gouvernement de Biya. De plus, Bello avait rejeté toute notion de transition, de refondation et de mandat présidentiel unique et limité à 5 ans. Nous avons alors compris que cette proposition délibérément saugrenue était une façon polie de refuser notre offre de collaboration. Ce d'autant plus que dans la foulée, Maurice Kamto allait signifier au Manidem sa démission de la manière la plus cavalière qui soit. Sans prendre la peine d'appeler Anicet Ekané, il a juste fait déposer au siège du parti une lettre de démission par voie d'huissier. J'étais assis sur la terrasse de l'hôtel Massao avec Anicet quand il a reçu un coup de fil de sa permanence l'informant de la réception de ladite lettre. Il n'en croyait pas ses oreilles et a juste demandé qu'on lui envoie un scan du document. Je pouvais lire la déception sur son visage quand il l'a reçue. Quel manque de courtoisie ! Mais il n'a rien dit, n'a fait aucun commentaire et nous avons repris notre conversation là où elle avait été interrompue. » A sa suite, Célestin Bedzigui fait remarquer que lorsque qu'en période de précampagne présidentielle Djeukam Tchameni est venu le rencontrer en sa qualité de membre du Groupe de Douala formé par lui, Sam Mbaka et Ekane Anicet, il était accompagné de Moussa Njoya. Il était alors question de rechercher une harmonisation de stratégie entre leur initiative de recherche d'une candidature consensuelle entre les 7 candidats des partis en capacité d'investir que nous avions rassemblé et la démarche du Groupe de Douala. « J'ai retrouvé le même homme de conviction et d'engagement des années 90. Son approche intellectuelle de la lutte pour le changement m'a toujours fait penser au Dr. Ossende Afana. Nous divergeons depuis toujours sur nos lignes politiques, la sienne étant radicale et portée si nécessaire au passage en force par l'insurrection, la nôtre étant modérée de centre droit attachée au respect des institutions », précise Célestin Bedzigui. Avant d'ajouter : « C'est dans la tentative d'imposer un candidat consensuel alors que les négociations étaient encore en cours entre les partis qu'il tombera dans le piège du radicalisme d'autant plus Ekane Anicet était un opposant modéré du centre gauche. Ce qu'il rapporte de l'attitude de Maurice Kamto vis à vis du soutien à une candidature unique de l'opposition est strictement la vérité. En se réservant de donner une consigne de vote clair, il s'est agi d'une volonté claire de sabotage d'une solution qui n'était pas lui. Djeukam n'écoutant que sa passion et son courage a voulu passer en force. Ekane n'a pas suivi et ils ont tous les deux été pris, Tchiroma inclus et... exfiltré, dans les entraves de la sécurocratie camerounaise. Les erreurs stratégiques peuvent paver la voie vers la chute des héros, car Djeukam Tchameni est bien un héros de la résistance camerounaise ».









