Actualités of Monday, 20 April 2026

Source: L’Indépendant n°1022 du 20 avril 2026

Incompétence : qui va tomber entre Charles Ndongo et Judith Achidi ?

Qui dit vrai ? Qui dit vrai ?

D’un côté, la Crtv évoque une défaillance de la fibre optique. De l’autre, Camtel nie toute responsabilité et renvoie à des choix techniques foireux internes à la Crtv. Entre le communiqué d'excuses de la Crtv et la mise au point musclée de Camtel, le public frustré est partagé. Qui dit vrai ? Qui est responsable ?

Du 15 au 18 avril 2026, le Cameroun avait rendez-vous avec son image. Une séquence rare, solennelle, presque stratégique : l’arrivée du Pape Léon XIV constituait une vitrine idéale pour projeter au monde un visage maîtrisé, digne et professionnel. Mais ce moment, au lieu de consacrer un savoir-faire, a cruellement exposé des failles que l’on ne peut plus considérer comme accidentelles. Comment, lors d’une visite d’État d’une telle envergure, la Crtv, chargée de la production audiovisuelle, et Camtel, pilier des infrastructures de télécommunications peuvent-elles offrir un tel spectacle de désunion ? Le premier coup de poignard est venu de Mballa II. Pour justifier l'interruption du signal auprès des téléspectateurs, la Crtv invoque une "indisponibilité de la fibre optique" et une "instabilité Internet". C'est l'explication officielle. Dans un communiqué chirurgical, la Crtv prétend être prête. Ses caméras tournaient, mais le « transporteur » a fait faux bond. En pointant du doigt Judith Achidi, le Dg de la Crtv, Charles Ndongo, ne se contente pas d'expliquer un bug technique ; il assène ce que beaucoup perçoivent comme le coup de grâce médiatique contre une gestion de Camtel déjà sous le feu des critiques.

Mais la Dg de la « maison bleue » n’est pas femme à se laisser sacrifier sur l’autel de l’incompétence. Dans une mise au point signée par Judith Yah Sunday épouse Achidi, l’entreprise affirme qu’aucune panne de fibre optique ni défaillance de son réseau internet n’a été enregistrée. Le Centre de supervision des réseaux n’aurait relevé aucun incident technique au moment des faits. Selon Camtel, l’incident serait plutôt lié aux choix techniques opérés par la Crtv. L’entreprise indique que la chaîne publique a utilisé un dispositif satellitaire pour la diffusion en amont, puis un système reposant sur internet mobile au Palais de l’Unité, et non la fibre optique comme source principale. Camtel souligne également que, si une panne de fibre avait eu lieu, elle aurait affecté l’ensemble des utilisateurs du réseau, ce qui n’a pas été constaté. Tout en regrettant des accusations jugées prématurées, l’opérateur public se dit disposé à participer à un audit technique conjoint afin d’établir les responsabilités. En d’autres termes, pour Judith Achidi, le signal d'alarme n'a jamais été aussi rouge.

Il faut dire que les plaintes récurrentes des consommateurs sur la qualité de la data étaient déjà un boulet ; ce « black-out » papal pourrait bien être la goutte d'eau qui fera déborder le vase des hautes instructions. Car dans ce jeu de miroirs, au-delà de la vérité technique, c’est la survie politique qui se joue. Cette dilution des responsabilités n’est pas seulement maladroite : elle est symptomatique d’un système où l’obligation de résultats n’est jamais clairement assumée. Or, dans un contexte où l’image d’un pays se construit aussi à travers sa capacité à maîtriser sa communication, l’approximation n’est plus tolérable. Les standards internationaux en matière de diffusion sont connus, accessibles, et largement maîtrisés ailleurs, y compris dans des environnements comparables.

Une enquête requise. Ce qui a été observé le 15 avril dernier, ne relève donc pas d’un manque de moyens uniquement, mais d’un déficit d’anticipation, de coordination et, plus fondamentalement, de rigueur. Au-delà de la technique, cet incident révèle deux enjeux majeurs : le manque de coordination. L'absence d'une cellule de supervision commune entre le diffuseur et le transporteur est regrettable. L’on observe une rupture de solidarité institutionnelle où chaque entité cherche à protéger son image plutôt que d'apporter une réponse conjointe et cohérente. S’il est difficile de trancher sans une enquête ou un audit indépendant, une chose est sûre : pour que le Cameroun brille lors de ces grands rendez-vous, la synergie technologique doit être infaillible, le numérique ne pardonne pas l'improvisation.

Le député Cabral Libii Li Ngue propose « La mise en place d’un protocole national de diffusion, assorti d’un standard national de diffusion des événements stratégiques, avec : obligation de double voire triple routage des signaux ; validation technique préalable par une cellule technique indépendante ; simulation de crise avant chaque grand événement. » Bien plus, l’élu parle de « l’intégration de solutions satellitaires modernes de type Starlink que nous avons proposé au Minpostel déjà à l’Assemblée Nationale. Il faut le dire clairement. Le Cameroun doit diversifier ses infrastructures avec le satellite de basse altitude. Les solutions comme Starlink permettent en effet : une connexion indépendante des réseaux terrestres ; une latence faible compatible avec le live ; une mise en œuvre rapide en situation critique ».

Le député du Pcrn fait remarquer que plusieurs pays autour du Cameroun ont déjà mis en place ce dispositif. Mais évidemment, Starlink ou toute autre solution semblable n’est pas une solution miracle. Pour lui, c’est une couche de sécurité supplémentaire. D’ailleurs qu’en est-il des câbles sous-marins dont certains points d’atterrissement sont encore fantômes ? En guise de solution, M. Libii propose, « la création d’un Centre national de supervision des diffusions. Un organe technique unique chargé de : coordonner Camtel, le média accrédité et les opérateurs privés ; superviser en temps réel les flux critiques ; déclencher automatiquement les bascules de secours. » Il évoque à la fin, l’ouverture contrôlée à la concurrence technologique. D’après lui, il est temps de sortir du monopole psychologique en permettant à plusieurs opérateurs (nationaux et internationaux) de contribuer aux infrastructures critiques, sous supervision de l’État.