Actualités of Saturday, 18 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Le Pape à Bamenda : Jeune Afrique révèle comment la visite papale a failli rouvrir le dossier anglophone — et pourquoi Atanga Nji a tout bloqué

Paul Biya Paul Biya

C'était l'espoir secret que portaient des milliers de Camerounais anglophones en regardant la papamobile traverser le tarmac de l'aéroport de Bamenda ce 16 avril 2026. Et c'est cet espoir-là, fragile et tenace à la fois, que Jeune Afrique documente avec une précision inédite dans son enquête exclusive du 17 avril : la possibilité — brièvement entrevue, rapidement étouffée — que la visite du Pape Léon XIV dans le Nord-Ouest camerounais ouvre une brèche dans dix ans d'un conflit qui a tué des milliers de personnes.

L'aéroport de Bafut ressuscité des cendres de la guerre
Pour mesurer la portée symbolique de la venue du Pape à Bamenda, il faut comprendre ce qu'impliquait sa simple présence dans cette ville. Jeune Afrique révèle que l'aéroport de Bafut, qui devait accueillir la délégation papale, était «fermé depuis huit ans et transformé en base militaire depuis le début de la crise anglophone, en 2016». Il a fallu le réhabiliter entièrement pour permettre l'atterrissage du vol pontifical. Un symbole fort : là où la guerre avait transformé une infrastructure civile en instrument militaire, la paix — ou du moins son espoir — exigeait sa reconversion en lieu de paix.
Cette réhabilitation avait «ouvert de nombreux espoirs, dans les milieux politiques et diplomatiques, de réouverture de canaux de dialogue entre Yaoundé et les séparatistes anglophones de l'Ambazonie», confirme Jeune Afrique. Les séparatistes posent notamment comme préalable à tout dialogue la libération de leurs principaux leaders, dont Sisiku Ayuk Tabe, le président de l'Ambazonie autoproclamée, emprisonné depuis 2019.

Fonki et Abubakar : les voix que le gouvernement ne voulait pas entendre
C'est ici que la révélation de Jeune Afrique devient politiquement explosive. Lors de la rencontre du Pape à Bamenda, deux membres de la Conférence Générale Anglophone — créée sous l'impulsion du regretté Cardinal Christian Tumi — ont saisi l'occasion pour parler directement au Souverain Pontife des violences subies par les populations civiles du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il s'agit de Fonki Samuel Forba et de Mohammed Abubakar.
Leur démarche, légitime et attendue par les populations anglophones, n'a pas été du goût de tout le monde. Paul Atanga Nji, Ministre de l'Administration Territoriale, qui accompagnait la délégation officielle camerounaise dans ce périple, «a exprimé son malaise» directement à l'Archevêque de Bamenda Andrew Nkea Fuanya après ces échanges, selon les révélations exclusives de Jeune Afrique. Une intervention qui dit tout sur la position du gouvernement : les souffrances des populations anglophones ne doivent pas être évoquées devant le Pape, même en territoire anglophone, même lors d'une visite pastorale dont l'objectif affiché est la paix.

Le Vatican médiateur malgré le gouvernement
Ce qui transparaît à travers l'enquête de Jeune Afrique, c'est la tension permanente entre deux logiques irréconciliables. D'un côté, le Vatican qui a «voulu consolider son image de médiateur» en programmant une étape à Bamenda — conscient que l'Église catholique est l'une des rares institutions encore capables de parler aux deux camps du conflit. De l'autre, une partie du gouvernement camerounais — incarnée par Paul Atanga Nji — qui refuse que la visite papale soit instrumentalisée pour rouvrir un dossier politique qu'elle préfère traiter comme une affaire intérieure de maintien de l'ordre.
Au sein même du clergé camerounais, Jeune Afrique révèle une ligne de fracture significative : «Plusieurs responsables avaient souhaité que le pape effectue une visite exclusivement pastorale, sans étape politique à Yaoundé.» La Curie romaine a tranché en faveur de la rencontre institutionnelle — considérant «qu'une rencontre institutionnelle avec les autorités demeurait incontournable eu égard aux relations historiques entre le pouvoir camerounais et le Vatican».

Dix ans de guerre, une messe, et aucune promesse
La séquence de Bamenda «s'est déroulée sans incident majeur», conclut sobrement Jeune Afrique. Pas d'annonce de dialogue. Pas de libération de prisonniers. Pas d'engagement de Yaoundé. Juste une messe, une papamobile sur un tarmac réhabilité pour l'occasion, et des populations anglophones qui regardaient le Pape en espérant qu'il emporterait dans ses bagages quelque chose de leur douleur pour le déposer sur le bureau de Paul Biya.

Si c'est le cas, nul ne le sait encore. Ce que Jeune Afrique sait, et révèle, c'est que Paul Atanga Nji veillait à ce que le message reste dans le couloir protocolaire — loin des oreilles du Souverain Pontife, si possible. Il n'y a pas tout à fait réussi. Fonki et Abubakar ont parlé. Le Pape a écouté. La suite appartient à l'histoire.