Une bombe judiciaire vient d'éclater dans les cercles du pouvoir camerounais. Le Secrétaire Général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, a adressé le 31 mars 2026 une correspondance officielle au Ministre d'État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Laurent Esso, portant sur le comportement du Président de la Cour d'Appel du Littoral, Monsieur Arroye Betou. Le document, dont notre rédaction a pu prendre connaissance, porte le numéro B1001/SG/PR et est certifié du sceau du Secrétariat Général de la Présidence de la République. Derrière cette correspondance administrative sobre se cache une affaire explosive : des soupçons de corruption atteignant les 3 milliards de FCFA.
Tout part d'une saisine de la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) auprès de Ferdinand Ngoh Ngoh, l'alertant sur les comportements du magistrat Arroye Betou, alias «l'Empereur» dans les milieux judiciaires de Douala. Dans sa correspondance, le SGPR informe le ministre de la Justice qu'il a été saisi par la CONAC et lui transmet les éléments en sa possession pour «recoupement et compte-rendu», lui demandant explicitement que «lumière soit faite» sur cette affaire.
Le fait que Ferdinand Ngoh Ngoh lui-même actionne ce mécanisme — transmettant une correspondance CONAC directement à Laurent Esso — confère à cette procédure un caractère d'urgence et d'autorité que le ministère de la Justice ne pourra pas ignorer. C'est le sommet de l'État qui demande des comptes à la magistrature.
L'affaire prend racine dans l'un des conflits commerciaux les plus retentissants de la scène économique camerounaise et africaine : la bataille juridique entre le géant des télécommunications MTN Cameroun et le milliardaire camerounais Baba Danpullo. Le contexte est le suivant : après que Baba Danpullo a fait saisir les comptes de MTN au Cameroun, en représailles à la saisie de ses biens en Afrique du Sud, le dossier a atterri devant les juridictions camerounaises — notamment la Cour d'Appel du Littoral, présidée par Arroye Betou.
C'est là que la corruption présumée aurait opéré avec une audace confondante. Selon les informations recueillies par notre rédaction, Arroye Betou est soupçonné d'avoir d'abord encaissé 300 millions FCFA auprès de Baba Danpullo — probablement pour pencher en sa faveur — avant de se retourner et d'empocher 3 milliards FCFA auprès de MTN pour finalement donner raison à l'opérateur télécoms. Un double jeu d'une cupidité stupéfiante, qui aurait permis au magistrat de monnayer deux fois la même décision judiciaire, auprès des deux parties adverses.
Si ces faits sont avérés, il ne s'agirait pas seulement de corruption — mais d'une escroquerie judiciaire aggravée, trahissant à la fois les justiciables, l'institution judiciaire et la République.
«L'Empereur» : un magistrat déjà au sommet du classement de la corruption
Ce qui aggrave le cas d'Arroye Betou, c'est son profil. Notre rédaction révèle qu'il n'est pas un inconnu des services anti-corruption. Selon nos sources, le président de la Cour d'Appel du Littoral occupait déjà la première place dans le classement non officiel mais bien réel des magistrats les plus corrompus du Cameroun — un palmarès peu glorieux que les acteurs du milieu judiciaire de Douala se transmettent à voix basse depuis des années.
Son cas n'est pas isolé dans la galerie des magistrats épinglés. Notre rédaction rappelle le cas de Monsieur Awala Wodougue, actuel conseiller technique aux affaires juridiques de la Présidence de la République, lui-même épinglé en son temps par la CONAC alors qu'il officiait comme Procureur Général près la Cour d'Appel du Littoral. Deux hommes, deux postes différents, même juridiction, même institution — et désormais, même dossier ouvert au ministère de la Justice.
L'intervention personnelle de Ferdinand Ngoh Ngoh dans cette affaire ne manquera pas d'alimenter les analyses politiques. Alors que le SGPR lui-même est au cœur de toutes les spéculations sur la Vice-Présidence et les équilibres du pouvoir camerounais, son action dans ce dossier lui permet de se positionner en défenseur de la transparence judiciaire — un capital symbolique précieux dans le contexte actuel. Certains y verront une conviction réelle dans la lutte contre la corruption. D'autres, plus cyniques, y verront une manœuvre politique calculée dans la guerre des clans qui fait rage à Etoudi.
Quelle que soit la motivation, l'effet est réel : un magistrat de très haut rang se retrouve dans le collimateur officiel de l'État. Et dans la République camerounaise, quand Ferdinand Ngoh Ngoh écrit à Laurent Esso pour lui demander de faire la lumière, les magistrats visés feraient bien de prendre leurs dispositions.









