Actualités of Thursday, 16 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Bamenda, l'épreuve de vérité pour Paul Biya : le pape rencontrera-t-il des émissaires séparatistes ?

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Alors que Léon XIV se rend ce 16 avril au cœur de la crise anglophone, Jeune Afrique révèle les garde-fous imposés par Yaoundé et les tentatives des leaders emprisonnés pour faire parvenir leur voix au souverain pontife.


C'est le moment le plus attendu, et le plus risqué, de cette visite apostolique. Ce 16 avril, le pape Léon XIV pose le pied à Bamenda, capitale régionale du Nord-Ouest et épicentre de la guerre anglophone qui a fait plus de 6 000 morts en dix ans. Sur place, il doit participer à une « rencontre pour la paix » à la cathédrale Saint-Joseph, avant une messe à l'aéroport. Mais dans les coulisses, c'est un véritable bras de fer qui oppose Yaoundé au Vatican.

Une révélation de Jeune Afrique : la rencontre prévue à Bamenda a failli être délocalisée. Selon nos informations, la présidence camerounaise a initialement exigé que tous les échanges avec les forces vives se déroulent sous le contrôle strict du protocole d'État. Un précédent avait d'ailleurs été posé la veille : à Yaoundé, la rencontre avec la société civile a été déplacée du Palais des congrès au palais présidentiel, où chaque invité était filtré.

Pour Bamenda, les négociations ont été plus tendues. Le Vatican a obtenu que la rencontre se tienne à la cathédrale, territoire religieux donc théoriquement neutre. Mais Jeune Afrique a pu établir que des agents de la DGRE (Direction générale de la recherche extérieure) seront discrètement déployés aux abords de l'édifice, avec pour mission d'identifier et d'éloigner toute personnalité séparatiste qui tenterait d'approcher le pape.


Pourtant, les leaders emprisonnés de l'Ambazonie n'ont pas dit leur dernier mot. Jeune Afrique révèle que Sisiku Ayuk Tabe a réussi à faire parvenir, via ses avocats, un message à la Conférence épiscopale nationale. Dans ce plaidoyer, dont nous avons obtenu une copie, le président autoproclamé de l'Ambazonie écrit : « Le Saint-Père est le seul homme au monde capable de toucher le cœur de Paul Biya. Nous ne demandons pas une libération immédiate. Nous demandons à être entendus. Une fois. »

Selon notre source, Ayuk Tabe a mandaté deux émissaires, des avocats camerounais proches de la cause anglophone, pour tenter de rencontrer le pape lors de son passage à Bamenda. Leur mission : remettre à Léon XIV une lettre manuscrite détaillant les conditions de détention des dix leaders et appelant à la médiation pontificale. Contacté, le Vatican n'a pas confirmé ni infirmé la possibilité d'une telle rencontre.

Les garde-fous de Yaoundé

Mais Paul Biya veille. Une autre révélation exclusive de Jeune Afrique : le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a personnellement supervisé le dispositif de sécurité pour l'escale de Bamenda. Consigne a été donnée de bloquer l'accès à la cathédrale à toute personne ne figurant pas sur une liste préétablie, validée par la présidence. Les ONG locales, connues pour leurs sympathies séparatistes, en ont été exclues.

« Le gouvernement ne veut pas d'image de faiblesse, explique un conseiller ministériel. Si le pape serre la main d'un séparatiste, c'est une victoire politique pour eux. On ne peut pas le permettre. » Mais le Vatican joue serré. Léon XIV, qui a fait de la paix sa marque de fabrique, pourrait bien, dans son homélie, prononcer le mot « dialogue » – ce mot que Paul Biya refuse d'employer depuis dix ans.


Dans les cercles diplomatiques, on parie que le pape n'ira pas jusqu'à rencontrer publiquement des séparatistes. Mais un geste, une phrase, une allusion pourrait suffire à faire basculer le rapport de force. « La trêve de trois jours obtenue par le Vatican est déjà un exploit, rappelle un analyste. Si en plus le pape appelle à la libération des prisonniers politiques, Yaoundé sera dos au mur. »

Sisiku Ayuk Tabe, depuis sa cellule de Kondengui, ne pourra pas voir le pape. Mais il écoutera la radio. Et il guettera chaque mot. Car, dans ce bras de fer à distance, un seul homme peut changer le destin des dix prisonniers les plus célèbres du Cameroun.