Actualités of Wednesday, 15 April 2026

Source: www.camerounweb.com

La députée Nourane Foster propose une nouvelle loi qui va énerver les Camerounais

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Nourane Foster, députée à l’Assemblée nationale, a évoqué la possibilité d’une loi ces dernières heures. Tient-elle vraiment ? L’auteur Jean Ediegnie, très actif sur les réseaux sociaux, analyse tout.

Hier dans l’après-midi, j’ai été surpris comme beaucoup parmi vous par une publication de notre chère Nourane. Dans cette sortie, elle annonçait son intention de déposer deux propositions de loi : l’une visant à interdire l’utilisation des faux profils et des faux noms sur les réseaux sociaux, l’autre destinée à sanctionner la divulgation non autorisée des conversations privées. Le tout sous un label assumé : « Loi NF ».

Plutôt que de réagir à chaud, j’ai fait le choix de la rigueur. Je suis allé à la rencontre de spécialistes du droit, nous avons confronté les textes existants et analysé la portée réelle de ces propositions. C’est donc avec respect, mais avec exigence républicaine, que je me permets ces observations à l'endroit de Nourane.

Vous proposez une loi sur quelque chose qui est déjà interdite, Madame la Députée. La divulgation des conversations privées n’est pas un vide juridique. C’est déjà encadré. Vie privée, secret des correspondances, cybercriminalité. L’ANTIC existe déjà pour cela. Donc soyons clairs, le problème n’est pas l’absence de loi, le problème, c’est l’absence d’application. Proposer une nouvelle loi dans ce contexte, c’est soit ignorer le droit existant, soit faire semblant de ne pas le voir.

Une loi impossible à appliquer est une loi inutile. Interdire les faux profils ? Très bien. Mais concrètement : qui va vérifier l’identité réelle de millions d’utilisateurs ? Comment contraindre Facebook, TikTok ou X ? Avec quels moyens techniques ? Une loi sans mécanisme d’exécution n’est pas une loi. C’est une déclaration politique. Et le Cameroun n’a pas besoin de déclarations. Il a besoin de résultats.

Vous voulez interdire… ce que vous pratiquez vous-même. C’est ici que le débat devient sérieux. Madame la Députée, dans l’espace public, vous êtes connue sous une identité simplifiée comme beaucoup : hommes politiques, artistes, personnalités publiques. C’est une réalité sociale. Alors une question simple : pourquoi vouloir interdire aux autres ce que vous utilisez vous-même sous une autre forme ? En droit, cela s’appelle un problème de cohérence. Et sans cohérence : une loi perd toute crédibilité.

Derrière cette loi, il y a un vrai risque : contrôler au lieu de protéger. Dans une démocratie, l’anonymat n’est pas quelque chose d’anodin. C’est une protection. Pour les lanceurs d’alerte, pour les citoyens critiques, pour ceux qui n’ont pas de pouvoir. Interdire les faux profils, c’est potentiellement réduire l’espace de liberté, renforcer le contrôle, intimider les voix dissidentes et dans un contexte déjà sensible. Cela pose un problème politique, pas seulement juridique.

Pendant ce temps, les vrais problèmes attendent. C’est la question centrale. Le Cameroun fait face au chômage des jeunes, aux difficultés économiques, aux crises sociales, aux problèmes structurels du système éducatif. Et la priorité législative devient les faux profils sur Facebook ? Soyons sérieux. Le rôle d’un député, ce n’est pas de suivre les tendances. C’est d’anticiper les besoins du pays.