L’analyse de Steve Césaire Ngounou revient sur la création du poste de vice-président au Cameroun en avril 2026, présentée comme une réforme majeure du système politique sous Paul Biya, suscite beaucoup de réactions. Si plusieurs noms circulent au sein du sérail pour occuper ce poste stratégique pour la survie du régime RDPC, le ministre secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh apparaît comme le principal favori. Dans une réflexion, l’analyste politique Steve Césaire Ngounou met en avant le rôle central de Ferdinand Ngoh Ngoh, décrit comme un « vice-président de facto » depuis plusieurs années grâce à son influence au sommet de l’État, notamment après avoir obtenu la délégation de signature présidentielle. Il souligne que ce dernier aurait été un acteur clé dans la conception de la réforme, tout en jouant un rôle stratégique dans la gestion des crises politiques et institutionnelles.
Cependant, son éventuelle nomination reste incertaine, notamment en raison d’enjeux politiques comme la question anglophone. Steve Césaire Ngounou suggère que la réforme officialise une réalité déjà existante : l’influence déterminante de Ngoh Ngoh, dont la nomination comme vice-président apparaît comme une possibilité logique mais encore à confirmer.
« Comment le Secrétaire général de la présidence a déjà exercé, dans l'ombre, les fonctions que le Cameroun vient d'institutionnaliser
La couverture était prophétique en Octobre 2019. Bien avant que le Parlement camerounais ne se réunisse en Congrès le 4 avril 2026 pour créer officiellement le poste de Vice-Président de la République, Jeune Afrique avait déjà tranché. Sur sa Une consacrée au Cameroun, le magazine panafricain avait placé le visage de Ferdinand Ngoh Ngoh sous un titre d'une clarté désarmante : « Monsieur le Vice-Président ». Ce n'était pas une annonce. C'était un constat.
Le pays venait d'inscrire dans la Constitution une fonction que cet homme exerçait déjà, sans titre, depuis plus d'une décennie.
Le Vote historique du 4 avril
Le 4 avril 2026, une page s'est tournée au Palais de verre Paul-Biya, siège de l'Assemblée nationale, à Yaoundé. Le Parlement camerounais, réuni en Congrès, a approuvé à une majorité écrasante le projet de loi portant création du poste de Vice-Président de la République, une fonction abolie depuis 1972. Le texte a recueilli 205 voix pour, 16 contre et 2 bulletins nuls, adoptée à une majorité portée essentiellement par les élus du RDPC, parti au pouvoir.
Le nouveau dispositif modifie en profondeur le mécanisme de succession à la tête de l'État. Désormais, le Vice-Président sera nommé et révoqué par le Président de la République, pour une durée ne pouvant excéder celle du mandat présidentiel en cours. En cas de vacance de la présidence pour cause de décès, de démission ou d'empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel, il sera chargé d'achever le mandat.
Cette modification constitutionnelle est la plus importante depuis 2008, année où la limitation des mandats présidentiels avait été supprimée. Elle intervient dans un contexte particulier : Paul Biya, 93 ans, est le doyen des chefs d'État en exercice dans le monde.
Mais pour comprendre l'ampleur réelle de ce moment, il faut remonter à décembre 2011, et à un homme.
Quatorze ans de pouvoir informel
Ferdinand Ngoh Ngoh est Secrétaire général de la présidence de la République du Cameroun depuis le 9 décembre 2011. Le 4 janvier 2019, il est promu Ministre d'État, Secrétaire général de la présidence de la République. Le 5 février, il obtient la délégation de signature du Chef de l'État Paul Biya.
Cette délégation de signature change tout. Elle transforme formellement un collaborateur influent en exécutant direct de la volonté présidentielle. Depuis novembre 2019, le chef de l'État, qui peut ne pas apparaître en public pendant plusieurs semaines, est désormais censé parler et agir par l'intermédiaire de son proche collaborateur.
Le résultat est sans équivoque. Considéré par beaucoup comme un « Vice-Président », Ferdinand Ngoh Ngoh cristallise jalousies, critiques et tensions. Il se voyait déjà comme « l'homme de la réélection du Chef de l'État ».
Et Jeune Afrique va plus loin dans son analyse : malgré sa position de « Vice-Président » de facto du Cameroun, Ngoh Ngoh « prend soin de n'afficher aucune ambition » une vertu cardinale dans un système où afficher ses désirs est souvent le premier pas vers la disgrâce.
Le profil d’un homme d’État : de l’ONU à Étoudi
Sa trajectoire n'est pas celle d'un apparatchik monté par les rouages du parti. Originaire de Minta dans la Haute-Sanaga, Ferdinand Ngoh Ngoh est passé par le cabinet civil de la présidence entre 1997 et 1998. De 2002 à 2006, il est premier conseiller de la mission permanente du Cameroun auprès des Nations unies à New York. Le 31 août 2010, il est nommé Secrétaire général du ministère des Relations extérieures.
Ce cursus diplomatique international, ONU, MINREX, présidence, forge un profil rare dans l'élite camerounaise : un homme qui connaît autant les coulisses d'Etoudi que les arcanes du multilatéralisme. Un technocrate de l'État autant qu'un politique de palais.
Selon les observateurs, il arrive le premier au bureau et repart le dernier, parfois à des heures tardives. Même les weekends, on le voit au travail. « Très rare dehors », comme le décrivent ses collaborateurs, il a fait du travail et de la disponibilité totale au Président ses marques de fabrique.
Architecte des réformes institutionnelles
La création du poste de Vice-Président n'est pas tombée du ciel le 4 avril 2026. Elle a été préparée, coordonnée, pilotée, et le nom de Ngoh Ngoh est au cœur de ce chantier.
Selon des sources concordantes au sein de l'appareil étatique, les travaux ont été confiés à une équipe restreinte à la présidence de la République, coordonnée par le Secrétaire général Ferdinand Ngoh Ngoh. Le conseiller juridique Jean-Claude Awala Wodougué et Luc Sindjoun ont également contribué à l'élaboration du texte.
En d'autres termes : l'homme pressenti pour occuper le poste est le même qui a rédigé les termes de sa propre fonction. C'est une première dans l'histoire institutionnelle camerounaise, et un signal politique fort envoyé de la présidence.
Gestionnaire de crises : le pompier discret d’Étoudi
Si le profil de Ngoh Ngoh fascine autant, c'est parce qu'il s'est construit dans le feu des crises celles que les Camerounais voient, et celles qu'ils ne voient jamais.
La crise du Stade Olembe
Quand le contentieux avec l'entreprise canadienne Magil menace de faire imploser le chantier avant la CAN 2021, le vice-président exécutif de Magil est reçu par le Secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, en présence du ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi. L'opération aboutit à des concessions mutuelles permettant la poursuite du chantier. Sans audience médiatique, la crise est désamorcée.
La déstabilisation parlementaire
Après les remous qui ont secoué l'Assemblée nationale du Cameroun, les tensions politiques se sont étendues au Sénat. Alors que son Président, Marcel Niat Njifenji, suivait un protocole de soins à Paris, c'est Ngoh Ngoh qui a manœuvré dans les coulisses pour en recomposer les équilibres.
La présidentielle 2025
Dans la période la plus décisive de la vie politique camerounaise récente, Ferdinand Ngoh Ngoh s'est retrouvé aux manettes de la machine présidentielle, orchestrant les rouages d'une campagne sous haute tension, avec un candidat quasi invisible.
L’équation anglophone : la nuance qui manque au dossier
Nul portrait de Ngoh Ngoh ne serait complet sans aborder la question la plus complexe. Sur la crise anglophone, son rôle est ambigu, voire controversé. Les pourparlers de paix entre le gouvernement et les séparatistes anglophones ont été à l'arrêt en raison de la lutte d'influence entre le Premier ministre Joseph Dion Ngute et le Secrétaire général de la présidence. Sur instruction de Ferdinand Ngoh Ngoh, le ministre de la Communication avait estimé que des informations relatives à des discussions de cessez-le-feu n'étaient pas « conformes à la réalité ».
Ce dossier constitue précisément l'un des enjeux les plus sensibles autour de sa possible nomination au poste de Vice-Président. Selon les dispositions débattues lors du Congrès, le Vice-Président serait d'origine anglophone lorsque le Président de la République est francophone, et inversement. Une clause qui, si elle est maintenue, modifie radicalement la donne : elle ouvrirait la voie à un profil anglophone, et compliquerait mathématiquement la candidature du francophone Ngoh Ngoh, à moins que cette disposition ne soit finalement écartée du texte définitif.
Après le vote, la nomination : le vrai signal politique
La réforme est adoptée, mais l'essentiel reste à venir : la nomination du Vice-Président. Ce choix sera le vrai signal politique de la nouvelle architecture du pouvoir au Cameroun. Le pays, et les observateurs internationaux, attendent de voir quel nom Paul Biya mettra derrière ce nouveau titre.
Tenter de se mettre dans la tête de Paul Biya est un exercice classique à Yaoundé, il n'en est pas moins difficile. En quatre décennies de pouvoir, le Président du Cameroun est passé maître dans l'art de l'esquive.
Mais si l'histoire a un sens, si les signaux envoyés depuis 2011 ont une logique, si la couverture de Jeune Afrique était bien autre chose qu'une métaphore — alors Ferdinand Ngoh Ngoh n'a pas besoin d'être nommé pour être reconnu. Il l'est déjà, dans les faits, dans les textes, dans les crises traversées ensemble.
Monsieur le Vice-Président ? Le titre attend son propriétaire officiel. Le profil, lui, existe depuis longtemps. »









