En recevant le troisième pape de son règne, le président camerounais affronte un invité encombrant : un souverain pontife dont le prédécesseur a choisi la renonciation. Jeune Afrique révèle comment ce parallèle pourrait s'inviter dans les discussions privées du palais.
C'est un face-à-face chargé de symboles que personne n'a vraiment commenté officiellement, mais que tous les observateurs de Yaoundé ont en tête. Ce 15 avril, Paul Biya, 93 ans, au pouvoir depuis 1982, reçoit Léon XIV, 74 ans, pape depuis 2024. Le président camerounais, qui vient de faire modifier la Constitution pour créer un poste de vice-président et verrouiller sa succession, serre la main d'un homme dont le prédécesseur, Benoît XVI, a choisi de renoncer en 2013 pour raisons de santé.
Une révélation de Jeune Afrique : plusieurs proches du président confient que ce parallèle n'a échappé à personne dans l'entourage de Paul Biya. « La question de la santé et de la longévité au pouvoir est taboue, mais la visite du pape la ravive, explique un conseiller ministériel sous couvert d'anonymat. Benoît XVI est un exemple que certains opposants nous ont déjà ressorti. Alors voir un pape américain, moderne, qui pourrait aborder ce sujet en privé... c'est un risque politique. »
Jeune Afrique a pu établir que le sujet de la renonciation pontificale a été discuté lors d'une réunion préparatoire à la visite, le 5 avril, à la présidence de la République. Selon notre source, un conseiller diplomatique a proposé d'anticiper une éventuelle question du pape sur « l'après » et de préparer une réponse évasive. Paul Biya aurait alors coupé court : « On ne parle pas de cela. Le pape est ici pour la paix, pas pour la politique. » Un déni qui en dit long sur la fébrilité du régime à l'approche de l'échéance successorale.
Autre révélation exclusive de Jeune Afrique : dans les cercles catholiques camerounais, des responsables religieux proches du Vatican ont fait circuler une note de synthèse comparant les deux situations. Le document, que nous avons pu consulter, souligne que Benoît XVI a choisi la renonciation « par lucidité sur ses forces déclinantes et par souci de l'institution ». Une phrase qui, lue à Yaoundé, sonne comme une provocation à peine voilée.
La visite de Léon XIV intervient par ailleurs à un moment où l'Église camerounaise est divisée. Certains évêques, proches du pouvoir, évitent soigneusement tout commentaire sur la réforme constitutionnelle. D'autres, plus discrets, aimeraient que le pape glisse un mot sur la « nécessité du renouvellement des élites ». Léon XIV, qui a bâti sa réputation sur la franchise, pourrait-il évoquer l'exemple de Benoît XVI lors de son entretien privé avec Paul Biya ? Rien n'est moins sûr.
Jeune Afrique a interrogé le Vatican sur ce point. Une source proche du Saint-Père nous répond : « Léon XIV ne donne pas de leçons. Mais il incarne, par son histoire même, la possibilité d'une transmission apaisée. S'il y a un message, c'est celui-ci : l'institution peut survivre à ceux qui l'incarnent. » Un message que Paul Biya, qui fête cette année ses 44 ans de pouvoir, n'a probablement pas envie d'entendre.









