Qui gouverne vraiment le Cameroun ? La question hante les chancelleries, les salons politiques et les cercles d'analystes depuis des années. Jeune Afrique, dans une enquête exclusive publiée ce 13 avril 2026, y apporte une réponse aussi précise que troublante : le pouvoir réel à Yaoundé se joue dans «le secret d'un clair-obscur entretenu par le trio constitué de Ferdinand Ngoh Ngoh et du couple présidentiel». Trois personnalités. Un seul trône. Et une guerre souterraine qui n'a jamais été aussi ouverte qu'en ce printemps 2026.
Tout commence par une image. Jeune Afrique rapporte qu'une photo prise en février 2026 à l'occasion du 93ème anniversaire de Paul Biya continue de faire polémique sur les réseaux sociaux. On y voit la première dame Chantal Biya, «guillerette et enjouée», posant entre son époux Paul Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh — ce dernier affichant «un sourire crispé et visiblement gêné aux entournures». Une image qui vaut tous les discours : celle d'un homme puissant mais mal à l'aise, coincé entre le chef de l'État qu'il sert et la première dame dont il a besoin, sans être sûr de l'un ni de l'autre.
Cette photo cristallise une tension que Jeune Afrique documente avec une minutie clinique : la relation entre Chantal Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh est faite de proximité affichée et de rivalité souterraine. Elle est sa «marraine» — sans elle, il n'aurait peut-être jamais atteint les sommets. Mais lui est aussi un acteur autonome, qui a construit «une toile de loyalistes bien ficelée — sécurité, finances, renseignement, parlement», selon les propres termes d'une source citée par le journal. Un vassal qui est devenu trop grand.
Laurent Esso : l'arme de Biya contre Ngoh Ngoh
Jeune Afrique révèle un détail que beaucoup avaient manqué dans la séquence du congrès d'avril : le choix de Laurent Esso pour défendre le projet de révision constitutionnelle au Parlement n'est pas anodin. Le ministre de la Justice est décrit par le journal comme «le pire ennemi» de Ferdinand Ngoh Ngoh. Confier à Esso la défense d'un texte qui, entre autres effets, réduit le monopole de Ngoh Ngoh sur la délégation de signature présidentielle, c'est envoyer un signal politique sans ambiguïté : le Secrétaire Général de la Présidence n'est pas intouchable. Et Paul Biya sait que ses tentatives de contrôle de la SNH — dont il préside le conseil d'administration — se sont heurtées à la résistance silencieuse du président, protecteur indéfectible du couple Adolphe et Nathalie Moudiki.
Ce «grand dam de Ferdinand Ngoh Ngoh», mis en lumière par Jeune Afrique, dessine le portrait d'un homme dont le pouvoir, aussi étendu soit-il, bute régulièrement sur des sanctuaires que Paul Biya lui interdit de toucher. Sanctuaires gardés, dans l'ombre, par Chantal Biya elle-même.
La conclusion politique la plus explosive de l'enquête de Jeune Afrique concerne la fonction même du futur Vice-Président dans ce jeu de pouvoirs. Selon un politologue camerounais cité par le journal, la création du poste de Vice-Président nommé «pourrait devenir le fusible idéal, susceptible de protéger Paul Biya comme son épouse d'une vindicte populaire». En s'appuyant sur un vice-président loyal et bénéficiant d'une délégation de signature, le couple présidentiel s'assurerait un bouclier institutionnel — quelqu'un sur qui faire porter la responsabilité des décisions impopulaires, tout en conservant la réalité du pouvoir.
Dans ce scénario, le Vice-Président serait moins un successeur qu'un paratonnerre. Et Chantal Biya, plus discrète que jamais officiellement, continuerait d'exercer son influence dans l'ombre d'un dispositif constitutionnel qui lui offre une protection sans lui imposer d'exposition.









