Actualités of Monday, 13 April 2026

Source: www.camerounweb.com

«Madame la Patronne» : Jeune Afrique lève le voile sur le pouvoir réel de Chantal Biya

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Il y a des fêtes qui ne sont pas de simples fêtes. Celle du dimanche de Pâques, organisée à Yaoundé à l'occasion du baptême du petit-fils de la première dame Chantal Biya, en est la parfaite illustration. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, ce jour-là, plusieurs candidats putatifs à la Vice-Présidence ont accouru au palais. Des caciques cherchaient à «conserver les parcelles de pouvoir qu'ils détiennent». Et des ministres qui ne dansent jamais ont dansé. Parce que chez Chantal Biya, l'allégeance se mesure aussi, désormais, «à la souplesse d'un déhanché».

Paul Biya, lui, n'était pas là. Peu mondain, encore moins amateur de soirées dansantes, le président de la République brillait par son absence à la fête de sa propre famille. Une image qui en dit long sur l'état du pouvoir à Etoudi, et que Jeune Afrique a su capturer avec une acuité remarquable.

Ngoh Ngoh sur la piste de danse : une capitulation symbolique
La scène la plus saisissante de cette soirée pascale, c'est Jeune Afrique qui la révèle. Ferdinand Ngoh Ngoh — le tout-puissant Secrétaire Général de la Présidence, notoirement proche de la première dame, homme réputé pour sa froideur et son absence totale de vie mondaine — s'est élancé sur la piste de danse aux côtés de son épouse Céline, rentrée «l'avant-veille d'Europe pour l'occasion».

Pourquoi cette parade inhabituelle ? Jeune Afrique l'explique avec une précision politique redoutable : la révision constitutionnelle adoptée quelques heures plus tôt accorde au Chef de l'État la possibilité d'octroyer une délégation de signature au Vice-Président — un précieux sésame que Ngoh Ngoh détenait jusqu'ici en exclusivité. Sa position de vice-président officieux se trouve ainsi menacée. Dans ce contexte, conserver la bienveillance de Chantal Biya, sa «marraine», n'est plus une option — c'est une nécessité vitale. Et cette soirée de Pâques était l'occasion rêvée de l'afficher. Même au prix d'une danse.

Théodore Datouo : l'homme que Chantal Biya a sorti du chapeau
Parmi les révélations les plus stupéfiantes de Jeune Afrique figure celle-ci : le nom de Théodore Datouo, propulsé à la présidence de l'Assemblée nationale le 17 mars dernier dans des circonstances qui avaient laissé perplexes même les observateurs les mieux informés, serait intimement lié à Chantal Biya. Selon le journal, l'heureux élu «était un intime de feue Rosette Ndongo Mengolo, ex-maire de Bangou et surtout mère de Chantal Biya». Cette dernière aurait fait de Théodore Datouo «l'un de ses protégés à Yaoundé».

«L'ombre de la première dame plane au-dessus de cette promotion surprise à l'Assemblée», écrit Jeune Afrique avec une fermeté qui ne laisse guère de place au doute. Si cette révélation est exacte, elle signifie que la deuxième personnalité de l'État camerounais — le Président de l'Assemblée nationale — doit sa place non pas à Paul Biya directement, mais à l'influence de son épouse. Un pouvoir invisible mais concret, qui s'exerce sans texte ni décret.

Les codes de «Madame» : cravates, pantalons et rancunes tenaces
Jeune Afrique documente avec un luxe de détails révélateurs les codes de conduite non écrits qu'impose Chantal Biya dans l'entourage présidentiel. Code vestimentaire strict — cravate obligatoire pour les hommes, pantalon proscrit pour les femmes («La seule femme admise en pantalon, c'est Madame») —, règles protocolaires intrusives sur les divorces et remariages des hauts fonctionnaires, contrôle des accès au Cercle des Amis du Cameroun (CERAC).
Mais c'est peut-être la formule d'un collaborateur d'Etoudi, citée par Jeune Afrique, qui résume le mieux la nature du pouvoir en jeu : «Si elle demande votre tête, le président la lui donnera, cela va de soi.» Deux directeurs du cabinet civil en ont fait les frais — limogés à sa demande. L'un pour avoir admis une journaliste dans l'avion présidentiel. Jeune Afrique révèle aussi que sa rancune peut être tenace sur le très long terme : un ancien directeur-adjoint du cabinet civil qui lui avait déplu «a attendu dix ans pour retrouver un poste, dans la diplomatie».