Actualités of Monday, 13 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Alternance au pouvoir : Quand la mort devient un mode de scrutin au Cameroun

'Pour eux, l'abdication ou l'éviction s'apparente à une perte totale de contrôle' 'Pour eux, l'abdication ou l'éviction s'apparente à une perte totale de contrôle'

La mort de Marcel Niat Njifenji illustre le rôle ambivalent du pouvoir politique en Afrique en général et au Cameroun en particulier. Celui-ci offre prestige, protection et sécurité, mais expose aussi les dirigeants à la marginalisation et à la vulnérabilité une fois qu’ils le quittent. Cette réalité expliquerait pourquoi certains dirigeants, comme Paul Biya, s’accrochent au pouvoir, par crainte de perdre leur influence et leur statut. Le décès de l’ex président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, amène à réfléchir à la nature du pouvoir en Afrique et à la nécessité de garantir une alternance politique sereine, afin que la perte du pouvoir ne soit plus synonyme de déclin ou d’exclusion.


La fin d'un mandat, la fin de tout

La mort aujourd'hui de Marcel Niat Njifenji à l'âge de 91 ans, ancien président du Sénat (pendant 13 ans) et longtemps considéré comme un possible successeur par intérim de Paul Biya en cas de vacance du pouvoir, illustre parfaitement les bienfaits ainsi que les pièges du pouvoir politique en Afrique. En effet, occuper une position de pouvoir confère non seulement prestige et influence, mais procure également une certaine protection face aux aléas de la vie, y compris la maladie et la solitude.

Marcel Niat Njifenji, en sa qualité de figure éminente de la scène politique camerounaise, a retenu pendant de nombreuses années d'une stature qui lui assurait sécurité et respect. Mais dès qu'un dirigeant quitte le pouvoir, il se retrouve souvent affaibli, marginalisé, et parfois même exposé aux risques accumulés, tant sur le plan politique que le personnel. C'est cette réalité qui pousse le nombre de présidents africains, tels que Paul Biya, à vouloir mourir au pouvoir. Pour eux, l'abdication ou l'éviction s'apparente à une perte totale de contrôle, d'influence, voire d'existence sociale, et peut précipiter leur déclin physique et moral.

Ainsi, la mort de Marcel Niat Njifenji nous rappelle que le pouvoir en Afrique ne se limite pas à l'exercice d'une autorité politique : il est aussi un bouclier contre l'oubli, la faiblesse, et la finitude humaine. Ce constat met en lumière un cercle vicieux où le pouvoir devient la condition sine qua non pour rester vivant dans l'arène politique mais aussi dans la société. Le refus de quitter le pouvoir n'est donc pas toujours dicté par la seule soif de domination, mais aussi par une peur profonde de ce que la chute implique, notamment la mort symbolique voire réelle.

En définitive, la trajectoire de Marcel Niat Njifenji invite à une réflexion plus large sur la nature du pouvoir en Afrique, ses effets protecteurs mais aussi ses lourdes responsabilités, et sur la nécessité urgente d'instaurer des mécanismes politiques garantissant une alternance pacifique, afin que la fin d'un mandat ne rime plus avec la fin de tout.

Daniel Essissima