Après L'Avenir qui posait la question «Et si c'était lui ?» en mettant Franck Biya en couverture, voilà que Le Reporter Hebdo, dans son édition N°326 de ce 13 avril 2026, dirigé par Raymond Barre Mekamba, reprend la même formule interrogative — mais en changeant radicalement de profil. «Et si c'était elle ?» trône en lettres rouges écarlates sur la Une du journal, sous le visage d'une femme que le Cameroun connaît bien, mais que la politique nationale commence seulement à envisager sous ce prisme : Vera Songwe.
«Figure majeure de l'économie africaine et internationale, Vera Songwe suscite de plus en plus d'intérêt dans les débats politiques au Cameroun», écrit le journal en accroche. «Son profil technocratique et son rayonnement international alimentent une question récurrente : pourrait-elle un jour accéder au poste de Premier Ministre ?» Une question qui prend une résonance particulière dans le contexte actuel : avec la création du poste de Vice-Président et la recomposition institutionnelle en cours, la Primature elle-même pourrait changer de mains dans les prochaines semaines. Et le nom de Joseph Dion Ngute, l'actuel Premier Ministre discret et sobre, circule de plus en plus comme celui d'un homme dont le départ de la Primature — vers la Vice-Présidence ou ailleurs — ouvrirait une succession âprement disputée.
Le profil de Vera Songwe dans ce contexte est effectivement celui d'une outsider de luxe. Économiste de renom, ancienne Secrétaire Exécutive de la Commission Économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), conseillère écoutée dans les grandes institutions financières internationales, elle jouit d'une crédibilité internationale rare que peu de Camerounais peuvent revendiquer. Anglophone originaire du Nord-Ouest — région au cœur de la crise sécessionniste depuis dix ans — sa nomination à la tête du gouvernement cocherait simultanément plusieurs cases d'un équilibre institutionnel que Paul Biya cherche visiblement à construire : compétence technocratique, rayonnement international, représentation anglophone et profil féminin dans un pays où les femmes restent sous-représentées aux plus hauts échelons du pouvoir.
Dans un Cameroun qui retient son souffle en attendant le nom du Vice-Président, la presse joue son rôle : poser les noms, alimenter le débat, forcer la réflexion. Vera Songwe n'a fait aucune déclaration publique sur ces spéculations. Mais quand deux journaux camerounais en l'espace d'une semaine posent la même question — «Et si c'était lui/elle ?» — sur leur Une, c'est que quelque chose est dans l'air à Yaoundé.









