Actualités of Friday, 10 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Sérail : Panique à Étoudi après le retour en force de Maurice Kamto

'Maurice Kamto demeure, de loin, la figure centrale de l’opposition' 'Maurice Kamto demeure, de loin, la figure centrale de l’opposition'

Le président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) Maurice Kamto a fait son retour sur la scène médiatique après un silence stratégique, dans un contexte marqué par l’échec d’autres figures de l’opposition comme Issa Tchiroma Bakary et le renforcement du pouvoir de Paul Biya. Ses récentes initiatives, notamment une pétition, provoquent de vives réactions du régime et de certains opposants, révélant son influence persistante. Malgré les critiques, il apparaît comme une figure centrale et incontournable de l’opposition camerounaise, dont le retour relance la dynamique de confrontation politique.


Le retour en force de Maurice Kamto qui fait trembler le régime et les « Born Again »

Il aura suffi de deux initiatives de Maurice Kamto pour remettre à nu une vérité que ses adversaires s’acharnent pourtant à nier depuis des années : au Cameroun, dès que Kamto parle, bouge ou agit, le régime tremble, ses relais s’excitent et ses faux opposants sortent du bois.

Depuis la dernière élection présidentielle, Maurice Kamto observait une forme de retenue. Ce silence n’était ni une reddition, ni un effacement, encore moins un aveu d’impuissance. Il relevait d’une lecture politique qui consistait à laisser à Issa Tchiroma Bakary, vainqueur du scrutin, l’espace nécessaire pour démontrer sa capacité à défendre cette victoire qu’il promettait de protéger au prix de son sang. Après tout, lorsqu’un homme se présente comme le nouveau centre de gravité de l’opposition, il faut bien lui laisser l’occasion de prouver qu’il est autre chose qu’un phénomène de communication.

Le résultat, on le connaît. Tchiroma est parti s’installer en Gambie. Depuis, les proclamations ont remplacé l’action, les postures ont tenu lieu de stratégie, et le fracas des mots n’a débouché sur aucun rapport de force sérieux avec le pouvoir en place. Pendant ce temps, le régime, fidèle à sa logique de confiscation, a poursuivi son entreprise de verrouillage avec une révision constitutionnelle qui consacre l’étouffement des acquis démocratiques obtenus de longue ces 35 dernières années. Dans ces conditions, il devenait impossible pour Kamto de demeurer spectateur. Son silence aurait fini par ressembler à une abdication. Il a donc choisi de revenir au combat. Et ce retour a suffi à provoquer une onde de choc.

D’abord, il y a eu cette pétition contre la révision constitutionnelle, qu’il présente comme une dénonciation d’un nouveau passage en force du régime. En moins de vingt-quatre heures, plus de 60 000 signatures ont été enregistrées. En soi, le chiffre est déjà un désaveu cinglant pour tous ceux qui répètent à longueur de journée que Kamto serait fini, marginalisé, dépassé, rayé du paysage. Mais le plus instructif n’est pas seulement dans le succès de la pétition. Il est dans la panique qu’elle a immédiatement révélée.

Le pouvoir et ses propagandistes se sont agités. Et, comme souvent au Cameroun, une partie de ceux qui se disent de l’opposition ont accouru au secours du régime avec un empressement à peine dissimulé. Les « Born Again », ces nouveaux croisés de circonstance, ont repris presque mot pour mot les éléments de langage du pouvoir : les mêmes attaques, les mêmes invectives, les mêmes caricatures, la même volonté de disqualifier non pas le contenu de l’initiative, mais celui qui l’a portée. Voilà donc des gens qui prétendent combattre le régime, mais qui mobilisent leur énergie à combattre celui qui le met en difficulté. Une telle convergence entre ces Salafistes et le pouvoir de Yaoundé n’est pas un détail, et doit être compris comme le symptôme d’une recomposition de la scène politique au Cameroun.

Ensuite, il y a eu l’annonce d’une conférence au siège du MRC. Là encore, la seule évocation de cette prise de parole a suffi à déclencher une fébrilité presque comique, si elle n’était pas aussi révélatrice. Le régime s’emploie déjà à verrouiller, intimider, mobiliser, comme si une conférence de presse constituait une menace existentielle. Mais au fond, ce qu’elle représente, c’est le retour en force d’un homme qu’ils espéraient avoir neutralisé et qui rebondit ainsi comme une balle dans leur surface de réparation. Car c’est bien cela qui dérange. Maurice Kamto n’est pas seulement un opposant parmi d’autres. Il est celui autour duquel continue de s’organiser, malgré tout, l’imaginaire de l’alternance démocratique. Ses ennemis peuvent le calomnier, ses détracteurs peuvent l’insulter, ses concurrents improvisés peuvent tenter de l’effacer, mais les faits restent têtus. On ne déploie pas autant d’énergie contre un homme sans importance. On ne mobilise pas l’appareil sécuritaire, les réseaux de propagande et les supplétifs numériques contre un acteur marginal. Cette peur traduit, en quelque sorte, la réalité que Kamto demeure le principal problème du régime de Paul Biya.

Les « Born Again » aimeraient faire croire que son retour à l’initiative relèverait d’une rivalité personnelle, ou du calcul. C’est faux. Ce retour procède d’une nécessité vitale pour la résistance camerounaise. Lorsque ceux qui promettaient de tenir tête au régime choisissent l’exil silencieux plutôt que l’épreuve du terrain, il appartient à ceux qui ont une histoire, une base et une cohérence de reprendre le flambeau.

Kamto ne surgit pas de nulle part. Cela fait près de quinze ans qu’il incarne, au prix de sacrifices considérables, une alternative politique structurée face à l’ordre biyaïste. Il a subi la répression, l’humiliation, la prison politique, la diabolisation méthodique. Il a payé ce prix pendant que beaucoup de ceux qui lui donnent aujourd’hui des leçons naviguaient encore entre accommodement, opportunisme et compromis honteux avec le système. Que certains veuillent désormais lui contester le droit de reprendre l’initiative face à une nouvelle dérive autoritaire relève non seulement de la mauvaise foi, mais d’une indécence politique manifeste.

La vérité est donc crue, et elle dérange. Pendant que d’autres parlent de courage depuis le confort de l’exil, Maurice Kamto, lui, revient au front. Pendant que d’autres appellent à la résistance par intermittence, il joue au sol. Pendant que d’autres rêvent et recourent à la magie des réseaux sociaux et la promesse des miracles, il rappelle que la politique n’est pas affaire de slogans, mais de constance et d’endurance.

Oui, Kamto reprend la main. Et oui, cela affole le régime. Non pas parce qu’il aurait tout gagné d’avance, mais parce qu’il reste, malgré tous les efforts pour l’abattre, l’homme autour duquel peut encore se reconstruire une véritable confrontation politique. Voilà pourquoi chaque initiative de sa part déclenche autant de haine, autant de nervosité, autant d’hostilités. Voilà pourquoi ses ennemis le surveillent avec une obsession maladive. Voilà pourquoi ils parlent plus de lui que de leur propre camp.

Au Cameroun, il existe un test simple pour mesurer le poids réel d’un acteur politique : regarder qui dérange le pouvoir, qui met ses relais en branle, qui provoque la panique dans les salons du régime et l’hystérie chez ses satellites. À ce test-là, Maurice Kamto demeure, de loin, la figure centrale de l’opposition. Et c’est précisément pour cela que son retour à l’offensive n’est pas un épisode secondaire, mais un avertissement.

Brice Nintcheu