Actualités of Thursday, 9 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Vice-Président/Kamto défie Atanga Nji en pleine conférence de presse : «Qu'il fasse la même chose avec le président en exercice»

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Il y a des conférences de presse qui dépassent largement leur cadre. Celle que le professeur Maurice Kamto, président du MRC, a tenue ce jeudi 9 avril à Yaoundé est de celles-là. Venu initialement pour évoquer la contestation de la révision constitutionnelle et l'interdiction du «Vendredi en Noir» à Douala, le leader de l'opposition camerounaise a transformé son pupitre en tribune d'attaque directe contre le Ministre de l'Administration Territoriale (MINAT), Paul Atanga Nji — et, au-delà, contre Paul Biya lui-même. Avec une franchise qui a électrisé la salle.

La vidéo dans les commissariats : Kamto dénonce une chasse à l'homme
Kamto commence par une révélation qui a immédiatement fait monter la tension dans la salle. Il affirme avoir eu connaissance d'une réunion organisée avec des gouverneurs de région au cours de laquelle une vidéo de ses déclarations politiques aurait été diffusée. La comparaison qu'il choisit est cinglante : «Comme si l'on affichait la photo d'un criminel dans un commissariat pour lancer une chasse à l'homme.» Une image forte, délibérément choisie pour dénoncer ce qu'il présente comme une instrumentalisation de l'appareil administratif d'État à des fins de diabolisation politique. La vidéo en question porterait notamment sur ses prises de position concernant le boycott des élections législatives et municipales — un sujet sur lequel Kamto sait qu'il est vulnérable aux attaques du pouvoir.


Mais c'est sa réplique à Paul Atanga Nji qui a fait l'effet d'une bombe. Avec un calme étudié qui rend le coup d'autant plus dévastateur, Kamto a lancé un défi public au ministre : «Je voudrais qu'il fasse la même chose avec le président en exercice. Cette vidéo devrait également lui être montrée.» La vidéo dont il parle ? Celle dans laquelle Paul Biya lui-même aurait, dans de précédentes déclarations publiques, affirmé ne pas avoir la volonté de désigner un successeur politique. En d'autres termes : si Atanga Nji veut faire preuve de rigueur en diffusant des vidéos compromettantes, qu'il commence par montrer au Chef de l'État ses propres contradictions — notamment vis-à-vis de la création du poste de Vice-Président qu'il vient de faire adopter en urgence.
La démonstration est redoutable. Elle retourne contre le pouvoir sa propre arme — la vidéo — et place Atanga Nji devant un choix impossible : soit il applique la même exigence à tout le monde, y compris au président, soit il reconnaît implicitement que sa rigueur est sélective et politique.


Cette sortie de Kamto intervient dans une séquence politique particulièrement chargée. Sa pétition contre la révision constitutionnelle a recueilli plus de 50 000 signatures avant d'être piratée. La manifestation «Vendredi en Noir» à Douala vient d'être interdite par le Préfet du Wouri. Les outils légaux de contestation se ferment les uns après les autres. Dans ce contexte, la conférence de presse est peut-être le seul espace qui lui reste pour parler — et il en use avec une détermination qui dit tout sur sa résolution à ne pas se laisser réduire au silence.

En nommant Atanga Nji publiquement, en le défiant personnellement, en invoquant la parole passée de Biya contre sa politique présente, Kamto envoie un message clair à ses partisans et à ses adversaires : la pression ne le fera pas plier. Et que la conférence de presse se poursuivait encore au moment de ces déclarations en dit long sur l'ampleur des révélations que le président du MRC entendait encore livrer.


Au fond, c'est bien Paul Biya que Kamto vise à travers Atanga Nji. Le ministre de l'Administration Territoriale n'est pas seulement le gardien de l'ordre public — il est le visage exécutif des méthodes que l'opposition dénonce depuis des années : surveillance politique, pression administrative, instrumentalisation des gouverneurs. En le mettant en cause nominalement depuis un pupitre de conférence de presse, Kamto choisit la confrontation assumée — celle d'un homme qui n'a plus grand-chose à perdre et qui le sait.