Ils ont dénoncé, pétitionné, amendé, boycotté, tweeté. Ils ont parlé de coup d'État, de dérive monarchique, de cercle fermé. Ils ont eu raison sur le fond — et perdu sur la forme. C'est le constat sans appel que dresse Jeune Afrique dans son analyse du 9 avril 2026 sur la réaction de l'opposition camerounaise face à la révision constitutionnelle de Paul Biya. Un portrait collectif d'hommes et de femmes politiques qui ont chacun, à leur manière, tenté d'enrayer la machine — et que la machine a broyés sans même changer de vitesse.
Maurice Kamto a choisi l'arme numérique. Sa pétition contre le «coup d'État constitutionnel et institutionnel» a réalisé un score que personne n'attendait : selon les révélations de Jeune Afrique, plus de 8 000 signatures en une heure avant que la plateforme ne soit piratée et rendue inaccessible pendant plusieurs heures. Un chiffre qui, ramené à vingt-quatre heures de fonctionnement effectif, a dépassé les 50 000 signataires — attestant d'une mobilisation citoyenne réelle et spontanée.
Mais Jeune Afrique apporte une nuance que les thuriféraires de Kamto n'apprécieront pas : «Cette initiative ne fait pas l'unanimité, certains lui reprochant de transformer la contestation institutionnelle en démarche personnelle.» Un reproche récurrent adressé au leader du MRC — celui d'être trop souvent le centre de gravité de sa propre opposition, au détriment d'une dynamique collective qui dépasserait sa seule personne. La pétition a mobilisé. Mais elle n'a pas changé une ligne du texte constitutionnel.
L'autre figure de la contestation — depuis un exil gambien qui dure — est Issa Tchiroma Bakary. Selon Jeune Afrique, l'ancien ministre de la Communication, toujours installé dans une logique de contestation postélectorale, a adopté depuis Banjul une «tonalité radicale» : «Les manœuvres inconstitutionnelles, la violation des principes démocratiques et la dérive monarchique du pouvoir illégitime ne sauraient nous détourner de l'essentiel.» Des mots forts. Des mots vrais, peut-être. Mais des mots prononcés depuis un exil que Jeune Afrique avait déjà qualifié, dans une précédente analyse, de «stratégiquement dévastateur» pour leur auteur.
Car l'exil prive Tchiroma de ce que la politique exige par-dessus tout : la présence. On ne dirige pas une opposition depuis Banjul. On ne construit pas un rapport de force depuis une chambre d'hôtel gambienne. Et pendant qu'il parle de dérive monarchique, Paul Biya signe des arrêtés, nomme des hommes, fait voter des lois — depuis Yaoundé.
«Même après Biya, ce sera toujours Biya»
La formule la plus redoutable de toute cette séquence, Jeune Afrique la glisse presque discrètement, comme une confidence arrachée à un observateur anonyme mais lucide : «Plusieurs opposants attendaient la disparition du président pour pouvoir conquérir le pouvoir. Avec cette réforme, ils ont compris que même après Biya, ce sera toujours Biya si l'intéressé verrouille tout.»
C'est là le vrai piège que Jeune Afrique identifie avec une acuité remarquable. L'opposition camerounaise avait fondé une partie de sa stratégie sur l'attente biologique — celle de la disparition naturelle d'un homme de 92 ans au pouvoir depuis 44 ans. Une stratégie cynique mais compréhensible dans un système verrouillé. Or Paul Biya vient précisément de neutraliser cette attente en créant un mécanisme de succession qui prolonge son système au-delà de sa propre personne. Le Vice-Président nommé sera son homme. Et cet homme, devenu président, nommera à son tour un Vice-Président de son choix. La chaîne est infinie. L'alternance, elle, est indéfiniment reportée.
L'opposition camerounaise s'est battue. Elle a perdu cette manche. La question que pose Jeune Afrique en filigrane est celle-ci : saura-t-elle tirer les leçons de cette défaite avant la prochaine ?









