Actualités of Thursday, 9 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Dictature: les hommes de Biya frappent fort, vendredi noir plombé à Douala

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Le bras de fer entre les autorités camerounaises et la société civile contestataire vient de franchir un nouveau palier. Par Arrêté Préfectoral N°80/AP/C19/SAAJP signé ce 8 avril 2026, le Préfet du Département du Wouri, MVOGO Cyriac Marie, a officiellement interdit la manifestation baptisée «Vendredi en Noir», prévue ce vendredi 10 avril 2026 à 15h30 au siège du mouvement «Stand Up for Cameroon», sis à Bali dans l'Arrondissement de Douala 1er. Le motif invoqué : des «velléités manifestes et évidentes de troubles à l'ordre public».



Le texte préfectoral ne se contente pas d'interdire la manifestation en question. Il va bien plus loin, en proscrivant sur toute l'étendue du territoire du Département du Wouri «tout attroupement et/ou regroupement, toute marche, tout mouvement d'humeur et toute autre manifestation publique non déclarée» le jour dit. Une formulation large, presque totale, qui confère aux forces de l'ordre — Sous-préfets, Commandant du Groupement de Gendarmerie Territoriale et Commissaires Centraux de la Ville de Douala — une latitude maximale pour disperser toute forme de rassemblement jugé indésirable. L'arrêté précise que tout contrevenant s'expose aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur.


Cette interdiction intervient dans un contexte on ne peut plus tendu. Comme le rappelle notre rédaction, le mouvement «Stand Up for Cameroon» avait appelé ses membres et sympathisants à se rassembler en signe de contestation de la création du poste de Vice-Président de la République, adoptée par le Congrès du Parlement le 4 avril dernier. Le «Vendredi en Noir» se voulait un acte de deuil symbolique — celui d'une démocratie que ses organisateurs estiment en régression — dans la droite ligne d'un mouvement de protestation civile qui prend de l'ampleur depuis l'adoption de la révision constitutionnelle.

L'interdiction préfectorale s'inscrit elle-même dans une séquence répressive plus large. La semaine dernière, la plateforme de pétition en ligne lancée par le professeur Maurice Kamto — qui avait recueilli plus de 50 000 signatures en 24 heures selon Jeune Afrique — avait été victime d'un piratage informatique qui l'avait rendue inaccessible pendant plusieurs heures. Une coïncidence troublante qui avait alimenté les suspicions d'une volonté délibérée d'étouffer la contestation numérique.

Kamto en conférence de presse ce jeudi
En réponse à cette pression institutionnelle croissante, le président national du MRC, Maurice Kamto, a programmé une conférence de presse ce jeudi à 14 heures. Cette prise de parole publique, qui intervient la veille même du «Vendredi en Noir» interdit, sera scrutée avec attention. Kamto y précisera vraisemblablement la réponse du MRC face à l'interdiction préfectorale et les prochaines étapes de la mobilisation contre la révision constitutionnelle.


En interdisant cette manifestation, les autorités du Wouri envoient un signal clair : la rue ne sera pas le prolongement du débat parlementaire. Après l'échec des amendements au Congrès, le piratage de la pétition en ligne et maintenant l'interdiction d'une manifestation publique, la société civile camerounaise se retrouve progressivement privée de ses principaux instruments d'expression. La question qui se pose avec une acuité croissante est celle-ci : quand tous les canaux de contestation légaux sont fermés les uns après les autres, que reste-t-il à ceux qui veulent faire entendre leur voix ?