Actualités of Thursday, 9 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Réforme constitutionnelle : comment Paul Biya a définitivement enfermé l'opposition dans un piège sans issue

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Il y a des défaites politiques qui se lisent dans les chiffres. Et puis il y a celles qui se lisent dans les yeux — dans cette combinaison de colère, d'impuissance et d'amertume que Jeune Afrique a su capter avec une précision rare dans son enquête du 9 avril 2026. La réforme constitutionnelle adoptée par le Congrès camerounais le 4 avril n'a pas seulement créé un poste de Vice-Président. Elle a révélé, dans toute sa brutalité, l'état de dénuement structurel d'une opposition camerounaise qui crie dans le vide depuis des années.

«Moins de deux heures pour examiner l'avenir du pays»
La scène résume tout. Selon les révélations de Jeune Afrique, les parlementaires de l'opposition ont disposé de moins de deux heures pour examiner un texte constitutionnel dont les implications engagent l'avenir institutionnel du Cameroun pour des décennies. C'est Joshua Osih, président du Social Democratic Front (SDF), qui a formulé cette indignation avec le plus de clarté depuis l'hémicycle le 3 avril : «Nous avons disposé de moins de deux heures pour examiner un texte qui engage pourtant l'avenir institutionnel de notre pays.»
Deux heures. Pour une Constitution. Dans un pays de 30 millions d'habitants. La formule dit l'essentiel sur la nature de ce congrès : une formalité démocratique habillée en débat parlementaire, dont l'issue était scellée avant même l'ouverture de la séance. Jeune Afrique le confirme avec une source à l'Assemblée nationale particulièrement éclairante : «Grâce aux reports des élections législatives et municipales, le président s'était de toute façon assuré une très large majorité parlementaire. Il savait donc pouvoir compter sur elle pour faire adopter sans difficulté les textes les plus sensibles.» Le piège était tendu bien avant le 2 avril.

Le SDF boycotte, le PCRN résiste : deux stratégies, un même résultat
Face à l'impossibilité d'influer sur le texte depuis l'intérieur, les partis d'opposition ont adopté des stratégies différentes — avec, au bout, la même conclusion amère. Le SDF a choisi la rupture : après le rejet de son amendement proposant l'élection conjointe d'un ticket présidentiel composé d'un représentant de l'ancien Cameroun occidental et d'un représentant de l'ex-Cameroun oriental, le parti de Joshua Osih a boycotté la plénière du Congrès. Une posture que Jeune Afrique qualifie d'«inhabituelle pour une formation perçue comme prudente dans ses rapports avec le pouvoir» — signalant que même les partis les plus accommodants ont fini par craquer face à l'ampleur du verrouillage.

Le PCRN de Cabral Libii, lui, a choisi de rester et de se battre — proposition après proposition, amendement après amendement. Validation parlementaire de la nomination du Vice-Président, limitation des mandats présidentiels à sept ans renouvelables une fois, renforcement de la transparence patrimoniale : autant d'amendements rejetés un à un sans ménagement. Sa conclusion, citée en exclusivité par Jeune Afrique, résonne comme un épitaphe politique : «Un pouvoir qui se nomme lui-même n'est pas une démocratie, c'est un cercle fermé.»


Parmi les angles originaux que Jeune Afrique développe dans cette analyse figure une victime que peu avaient anticipée : le Septentrion lui-même. L'activiste Guibaï Gatama résume le paradoxe avec acuité : à peine Aboubakary Abdoulaye, fils du Grand Nord, venait-il d'accéder à la présidence du Sénat — et donc au rang de deuxième personnalité de l'État — que la création du poste de Vice-Président le relèguera au troisième rang protocolaire. Des élites nordistes dénoncent ouvertement ce qu'elles perçoivent comme un piège politique tendu à une région qui croyait avoir consolidé sa place dans les équilibres du pouvoir. Donner d'une main, reprendre de l'autre — la mécanique biyaïste dans toute sa subtilité.


C'est peut-être l'activiste Rebecca Enonchong qui, selon Jeune Afrique, formule la critique la plus directe et la plus accessible : «Aujourd'hui, s'il y a une vacance, le président du Sénat assure temporairement l'intérim et organise de nouvelles élections. Avec ce Vice-Président nommé, le peuple est écarté. Le même régime pour la perpétuité.» Trois mots qui condensent la peur de toute une opposition : «pour la perpétuité». Un système qui a trouvé le moyen de se perpétuer sans avoir besoin d'élections pour le faire.