Actualités of Saturday, 4 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Kamto brise le silence : le come-back politique d'un homme que le système n'a pas réussi à écraser

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Il y a des retours qui ont le goût de la revanche. Celui de Maurice Kamto sur la scène politique camerounaise, ce 3 avril 2026, en est un. Après près d'un an de silence imposé autant que choisi, le président du MRC a repris la parole avec une déclaration explosive sur la révision constitutionnelle en cours. Et ce retour-là dit autant sur l'homme que sur le système qui a tout tenté pour le réduire au silence.


Pour comprendre la portée de cette déclaration, il faut mesurer ce que représente ce silence d'un an. Kamto le dit lui-même en ouverture, avec une franchise qui désarme : il avait laissé le champ libre à ceux qui prétendaient que c'était lui, et lui seul, qui empêchait la formation d'une coalition de l'opposition capable de défaire le régime RDPC. Par une décision qu'il qualifie de «sauvage et sans précédent», il n'avait pas été autorisé à se porter candidat à l'élection présidentielle d'octobre 2025.

Résultat ? Pas de coalition. Pas de «troisième voie». Pas de victoire de l'alternance. Et une réélection de Paul Biya dans des conditions que Kamto conteste avec une documentation rigoureuse. Le silence était une forme de respect du verdict des urnes — même contesté. La parole d'aujourd'hui est une réponse au mépris institutionnel de trop.


Kamto le rappelle dans sa déclaration : quand, après la présidentielle de 2018, il avait dénoncé la tentation d'une transmission du pouvoir de gré à gré, «on nous a traité de tout et jeté en prison». Des mois de détention à la prison centrale de Kondengui. Une mise à l'isolement politique. Une pression judiciaire et médiatique massive.
Et pourtant, le voilà. Debout. Plus précis, plus documenté, plus déterminé que jamais. Sa déclaration du 3 avril cite des articles de Constitution, des numéros de décrets, des dates précises. Ce n'est pas le texte d'un homme abattu — c'est celui d'un juriste de formation qui a utilisé ses années d'adversité pour affûter ses arguments.


La phrase la plus audacieuse de toute la déclaration est peut-être celle-là, que Kamto lâche avec une assurance tranquille : «Le travail que nous avons abattu ensemble depuis une quinzaine d'années porte ses fruits. Nous avons défait électoralement le RDPC. C'est historique.»

Une affirmation que le régime contestera avec véhémence. Mais qui traduit une conviction profonde : si le RDPC s'accroche aujourd'hui à des révisions constitutionnelles précipitées, à des prorogations de mandats, à des manipulations du calendrier électoral, c'est précisément parce qu'il sait qu'il ne peut plus gagner librement. «C'est parce que le RDPC est sûr de sa défaite qu'il évite à tout prix les élections», écrit Kamto, dans une formule qui résume à elle seule sa lecture de la situation.


Kamto ne recule devant aucun mot fort lorsqu'il s'agit de nommer ce qu'il voit. La révision constitutionnelle en cours, dit-il, installe «une monarchie républicaine d'assise constitutionnelle, à la dynastie héréditaire ou népotiste». Une phrase qui vise directement les spéculations persistantes autour du rôle de Franck Biya, le fils du chef de l'État, dans le dispositif successoral.

Il invoque également l'Union africaine, dont les instruments juridiques condamnent les coups d'État — y compris constitutionnels — et dont il attend «la réaction». Un appel à la communauté internationale qui transforme ce débat interne en enjeu continental.


La déclaration se clôt sur une phrase qui restera : «Le jour se lèvera sur notre pays.» Pas une promesse de révolution. Pas un appel à la violence. Une certitude tranquille, celle d'un homme qui a traversé la prison, l'exil intérieur, la marginalisation — et qui est toujours là.
Dans un Cameroun où le congrès bat son plein et où les institutions se reconfigurent à marche forcée, la voix de Maurice Kamto résonne comme un rappel : le peuple, lui, n'a pas dit son dernier mot.