Deux enfants. Deux meurtres. Deux vagues d'indignation nationale. Et chaque fois, le même scénario qui se rejoue avec une régularité désespérante : un crime odieux, une émotion populaire explosive, des communiqués ministériels fermes — puis le silence. Jusqu'au prochain drame. C'est ce cycle mortifère que Jeune Afrique décortique dans une enquête exclusive publiée ce 1er avril, révélant les béances d'un État camerounais qui réagit mais ne prévient pas, qui condamne mais ne protège toujours pas.
Divine Mbarga Atangana, 11 ans, violée et tuée dans un immeuble en chantier au lieu-dit «10e arrêt Nkoabang» à Yaoundé dans la nuit du 18 mars 2026. Mathis, poignardé à la gorge dans un bar de Ngoa-Ekélé en mai 2025, victime collatérale d'un différend qui ne le concernait même pas. Deux enfants que rien ne prédisposait à mourir ce soir-là. Deux familles dévastées. Deux dossiers judiciaires ouverts.
Mais selon les révélations de Jeune Afrique, ce qui rapproche ces deux affaires au-delà de l'horreur, c'est précisément ce qui s'est passé — ou plutôt ce qui ne s'est pas passé — après. Car dans les deux cas, la réponse de l'État a suivi le même chemin balisé : une indignation institutionnelle rapide, des communiqués bien rédigés, des appels à «l'action collective» — et aucune réforme structurelle dans leur sillage.
Jeune Afrique documente avec précision cette mécanique de l'esquive. Après le meurtre de Divine, c'est Pauline Irène Nguene, ministre des Affaires sociales, qui monte au créneau le 30 mars 2026, condamnant «avec la plus grande fermeté les récents cas d'infanticides et de violences sur les enfants» et annonçant plusieurs axes d'action : poursuite des auteurs, renforcement des dispositifs d'alerte communautaires, accompagnement psychosocial des victimes.
Après l'assassinat du petit Mathis en 2025, c'était Marie-Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la femme et de la famille, qui avait dénoncé «un crime odieux» et rappelé l'existence du numéro vert 116 censé permettre de signaler les violences contre les enfants.
Deux ministres. Deux communiqués. Deux promesses. Et selon Jeune Afrique, entre ces deux drames, aucun dispositif national renforcé de protection de proximité n'a été mis en place. Pas de mécanisme d'alerte rapide dans les quartiers. Pas de contrôle systématique des zones à risque. Le numéro vert existe. Les bâtiments en chantier, terrains de chasse des prédateurs, eux, n'ont toujours pas fait l'objet d'une politique de sécurisation.
Sur le plan judiciaire, l'affaire Mathis a connu un dénouement d'une sévérité symbolique forte. Dagobert Nwafo, le coupable, a été condamné à mort par fusillade — peine maximale pour meurtre avec préméditation, même si le Cameroun n'applique plus effectivement la peine capitale. Un verdict qui a soulagé les familles mais qui, comme le souligne Jeune Afrique, n'a entraîné dans son sillage aucune réforme structurelle.
Condamner après les faits, c'est nécessaire. Prévenir avant, c'est urgent. Et c'est précisément sur ce terrain de la prévention que l'État camerounais accumule les déficits.
Face à cette inaction structurelle, l'espace politique s'est naturellement peuplé de voix d'opposition. Selon Jeune Afrique, plusieurs formations politiques — dont le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto — ont rapidement investi le débat, multipliant communiqués et dénonciations de l'inaction gouvernementale. Mais pour les observateurs avertis, cette séquence reproduit elle aussi un schéma connu : l'opposition dénonce, le gouvernement rassure, et les enfants vulnérables continuent de vivre dans les mêmes quartiers, avec les mêmes chantiers abandonnés, les mêmes rues non éclairées, les mêmes prédateurs impunis.
La question que pose Jeune Afrique en filigrane est celle-là, et elle est insupportable : une capitale comme Yaoundé, siège de toutes les institutions de la République, peut-elle continuer à être un terrain de chasse pour ceux qui s'en prennent aux enfants ? Que faudra-t-il encore — combien de Divines, combien de Mathis — pour que la réponse de l'État passe enfin de la déclaration à l'action concrète, mesurable, permanente ?
Les familles de Divine et de Mathis n'attendent plus de communiqués. Elles attendent des actes.









