Parmi tous les scénarios qui s'offrent à Paul Biya pour désigner son vice-président, un seul concentre aujourd'hui l'attention des diplomates, des analystes et des observateurs du Cameroun profond. Celui d'un anglophone. C'est Jeune Afrique qui, dans une analyse exclusive publiée ce 3 avril, pose avec une clarté chirurgicale les termes d'un dilemme qui cristallise à lui seul quarante ans de non-dits dans la République camerounaise.
Pour comprendre pourquoi l'hypothèse d'un vice-président anglophone s'est imposée dans le débat, il faut rappeler ce que vivent les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis bientôt dix ans. Depuis 2016, une guerre civile larvée y oppose les forces de défense camerounaises aux groupes séparatistes qui revendiquent l'indépendance de l'«Ambazonie». Des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés, des villes fantômes, des écoles fermées. Une plaie béante que Jeune Afrique décrit comme un «conflit qui se poursuit, après l'échec du Grand dialogue organisé en 2019».
La présence d'un anglophone du Sud-Ouest à la primature — en la personne du discret Joseph Dion Ngute — n'a pas suffi à éteindre les braises. Une vice-présidence anglophone enverrait un signal d'une toute autre nature : non plus un chef de gouvernement chargé de gérer les affaires courantes, mais le numéro deux constitutionnel de l'État, le successeur désigné, la main tendue au sommet absolu du pouvoir.
Jeune Afrique révèle que trois personnalités anglophones sont évoquées avec insistance dans les cercles du pouvoir pour occuper ce poste historique.
Joseph Dion Ngute d'abord, l'actuel Premier ministre. Apprécié des milieux d'affaires, extérieur aux guerres de clans qui empoisonnent Yaoundé, il présente l'avantage d'une expérience gouvernementale récente et d'une connaissance intime des dossiers sécuritaires du Grand-Ouest anglophone.
Peter Mafany Musonge ensuite, l'ancien Premier ministre. Figure respectée, dont le parcours institutionnel long et sans esclandre rassure les milieux conservateurs du régime.
Et Philémon Yang, dont le profil intrigue particulièrement Jeune Afrique : outre sa propre expérience à la primature, l'homme vient de présider l'Assemblée générale des Nations unies entre septembre 2024 et septembre 2025, une consécration internationale qui lui confère une stature diplomatique inédite parmi les candidats pressentis.
Mais nommer un anglophone à la vice-présidence, c'est aussi, pour Paul Biya, assumer une contradiction historique que Jeune Afrique met en lumière avec une perspicacité rare. C'est en effet le même Biya qui, en 1984, avait effacé d'un trait de plume la dimension fédérale du pays en rebaptisant la «République Unie du Cameroun» en simple «République du Cameroun» — geste symbolique lourd de sens pour les anglophones, qui y avaient vu une négation de leur identité politique propre, héritée de la réunification de 1972.
Quarante-deux ans plus tard, propulser un anglophone au sommet de l'État exécutif serait-il la manière de Paul Biya de solder ce passif historique ? Ou serait-ce au contraire perçu comme un geste tardif et insuffisant par des populations qui ont payé le prix fort d'une décennie de conflit armé ? La symbolique, dans ce dossier, est à double tranchant.
Ce qui est certain, selon l'analyse de Jeune Afrique, c'est que Paul Biya ne décidera pas en faisant abstraction de la carte des équilibres régionaux qu'il a patiemment dessinée depuis quatre décennies. Avec un Nordiste — Aboubakary Abdoulaye — désormais à la tête du Sénat, nommer un autre nordiste à la vice-présidence semble exclu. La piste d'un «Sudiste» briserait la tradition d'équilibre. Reste alors l'option anglophone — géographiquement distincte, politiquement symbolique, diplomatiquement puissante.
Jeune Afrique conclut son analyse sur une note de prudence qui en dit long sur le personnage : Paul Biya peut encore ne nommer personne. Le texte lui laisse cette latitude. Et l'homme qui a traversé quarante ans de pouvoir en cultivant l'art du silence n'a peut-être pas encore dit son dernier mot.
Le Cameroun attend. Le Sphinx, lui, prend son temps.









