La question taraude les chancelleries, les salons politiques de Yaoundé et les analystes du continent depuis des années : qui succédera à Paul Biya ? À l'heure où le Parlement camerounais se réunit en congrès pour modifier la Constitution — avec en filigrane la possible création d'un poste de vice-président —, Jeune Afrique apporte des éléments de réponse précieux en brossant le portrait de celui qui se trouve aujourd'hui au cœur de toutes les équations : Aboubakary Abdoulaye, président du Sénat et dauphin constitutionnel.
Élu à la tête du Sénat le 17 mars 2026, en remplacement de l'historique Marcel Niat Njifenji, Aboubakary Abdoulaye occupe désormais, selon les révélations de Jeune Afrique, le rang de deuxième personnage de l'État camerounais dans l'ordre protocolaire — juste derrière Paul Biya lui-même. En l'absence de vice-président, c'est lui qui assurerait la continuité de l'État en cas de vacance du pouvoir.
Ce positionnement n'est pas le fruit du hasard. Jeune Afrique révèle que sa nomination, envisagée depuis plusieurs années, a nécessité de lever des résistances internes au sein du Sénat, notamment de la part des sénateurs originaires de l'Ouest — région dont était issu son prédécesseur Niat Njifenji. Le fait que ces résistances aient finalement cédé témoigne du poids politique considérable de cet homme dans les couloirs du palais présidentiel.
Marafa, Ngoh Ngoh, Franck Biya : un réseau d'alliances bétonné
Toujours selon Jeune Afrique, la trajectoire d'Aboubakary Abdoulaye a été jalonnée d'alliances stratégiques décisives. C'est d'abord Marafa Hamidou Yaya — alors l'un des hommes les plus influents du Septentrion — qui l'a accompagné dans son ascension au sein du RDPC. Puis c'est auprès de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, qu'il a solidifié sa position au cœur de l'appareil d'État.
Mais c'est peut-être son lien avec Franck Biya qui intrigue le plus. Lorsque le fils du Chef de l'État effectue une visite remarquée dans le Nord en novembre 2022, les observateurs y lisent immédiatement un signal : celui d'une validation de la prochaine promotion du lamido, mais aussi, selon certaines sources citées par Jeune Afrique, celui d'une convergence d'intérêts dans la perspective de l'après-Biya. Une alliance entre le fils du président et l'homme fort du Septentrion serait une combinaison redoutable sur l'échiquier successoral.
C'est ici que le congrès du 2 avril prend toute son importance. Si la révision constitutionnelle examinée ce jour crée effectivement un poste de vice-président — comme le révèle en exclusivité Jeune Afrique —, l'ordre protocolaire et l'équation successorale seraient entièrement redessinés. Aboubakary Abdoulaye, actuellement dauphin de facto, pourrait alors se retrouver relégué au troisième rang, ou au contraire propulsé à la vice-présidence elle-même.
Ce double scénario explique l'attention fébrile avec laquelle les cercles politiques camerounais et les chancelleries étrangères scrutent les travaux du congrès. Et c'est Jeune Afrique qui, une fois de plus, donne les clés pour décrypter les coulisses de ce moment historique.
Ce qui distingue Aboubakary Abdoulaye de beaucoup de ses contemporains dans la politique camerounaise, c'est sa capacité à jouer sur le temps long. Là où d'autres se sont consumés dans des ambitions trop vite affichées, lui a su attendre, consolider, avancer masqué. Ses présidences de conseils d'administration d'organismes stratégiques — dans les domaines de l'alimentation, de l'environnement, de l'urbanisme — lui ont permis de tisser une toile d'influence qui dépasse largement les frontières du Cameroun, jusqu'à Ouagadougou où il préside l'Institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement (2iE).
À 64 ans, Aboubakary Abdoulaye a le temps. Et dans un Cameroun où tout peut basculer très vite, cette patience-là est peut-être la ressource la plus précieuse qui soit.









