Pendant que les députés camerounais s'écharpaient en séance plénière sur la prorogation des mandats municipaux, un autre scandale couvait en silence dans les entrailles administratives du Palais des verres de Ngoa Ekelle. Le lanceur d'alerte Boris Bertolt vient de lever le voile sur une situation financière alarmante au sein de l'Assemblée nationale, où des agents attendraient depuis des années d'être payés.
Selon les révélations de Boris Bertolt, le personnel de l'Assemblée nationale accumulerait des impayés massifs et sur plusieurs fronts à la fois. Les congés du personnel n'auraient pas été payés depuis quatre ans. Les primes de sessions — rémunérations versées aux agents lors des sessions parlementaires — accuseraient deux mois d'arriérés. Plus grave encore, les primes de gestion, de suivi et du budget n'auraient pas été honorées depuis quatre ans. Des sommes considérables, qui représentent pour beaucoup d'agents une part substantielle de leurs revenus réels.
Ces manquements ne seraient pas le fruit d'une simple négligence budgétaire. Toujours selon le lanceur d'alerte, l'argent destiné à ces paiements aurait été détourné par l'ancien Directeur de Cabinet de l'Assemblée nationale, BOUKAR ABDOURAHIM, aujourd'hui en fuite. Cet homme, qui occupait l'un des postes les plus stratégiques de l'institution parlementaire — celui qui contrôle précisément les flux administratifs et financiers — aurait profité de sa position pour s'approprier des fonds publics destinés aux agents, avant de disparaître dans la nature.
Si ces faits venaient à être confirmés, il s'agirait de l'un des détournements les plus cyniques de la récente histoire institutionnelle camerounaise : spolier les modestes agents d'une institution censée représenter le peuple, pour s'enrichir personnellement.
Cette révélation intervient dans un contexte particulièrement délicat pour l'Assemblée nationale. La séance plénière du 31 mars a été suspendue sine die après une fronde de députés contestant un projet de loi sur les mandats électoraux. Le Parlement s'apprête par ailleurs à se réunir en congrès dès ce 2 avril pour examiner une révision constitutionnelle d'envergure. Des agents impayés depuis des années, une institution politiquement sous tension, un responsable en cavale : le tableau est sombre.
Pour l'heure, ni la présidence de l'Assemblée nationale, ni le Secrétariat Général — dont le communiqué du 31 mars signé par ESSIAN André Noël se bornait à annoncer le report de la séance plénière — n'ont réagi à ces accusations. La question qui se pose désormais est simple : où est BOUKAR ABDOURAHIM, et où est passé l'argent des agents ?
Des sources proches du dossier indiquent que des agents lésés envisageraient de saisir les autorités compétentes si aucune réponse officielle n'est apportée dans les prochains jours.









